Une confession tardive

Le 12 juillet 1649, le notaire de Méolans recueille le testament d’un vieil homme, un petit propriétaire de bonne famille. Antoine MARSEILLE fu Antoine n’est pas mourant ni même malade, mais « se trouvant déjà réduit en état d’extrême vieillesse » il désire mettre en ordre sa succession.

Comme la procédure l’exige, le notaire confirme que son client est « sain de ses sens, vue et entendement et ferme mémoire ». Famille et témoins sont nombreux, dont cinq prêtres, et il les reconnait bien… le testament sera valable. Tout le monde est réuni chez le beau-fils du testateur, le maréchal à forge du bourg de Méolans, Jacques TRON feu Cyprien « Martel ».

 

Antoine Marseille expose d’abord ses souhaits pour ses funérailles, selon l’usage de l’époque. Puis il dispose de ses biens, sans surprise, à la manière coutumière des ménagers. Son fils héritier universel est encore mineur, alors il désigne les tuteurs et procède à l’inventaire de ses biens. Quatre grandes pages du notaire sont couvertes de ses minutieuses dispositions qui règleront la vie de la famille après son décès…

C’est en fin de testament que survient une surprise pour le lecteur, et peut-être aussi pour l’assemblée. Antoine Marseille veut, selon ses dires, décharger sa conscience : il fait une déclaration que le notaire enregistre.

En aout 1630, soit 19 ans plus tôt, il se trouvait avec André Borel, sur une propriété de celui-ci dénommée Eissillon, à Méolans. Borel se confia à lui. Il voulait faire un testament mais il n’y avait plus de notaire, « la maladie contagieuse était dans ce pays pour lors » : c’était pendant la grande épidémie de peste.

André Borel lui avoua s’être servi de l’argent du luminaire de l’église, dont il était chargé, sans savoir exactement de quelle somme (c’est bien curieux !). Cet argent du luminaire c’était le produit des quêtes pour les cierges et les petites bougies (les « cirettes ») de l’autel de la Sainte Vierge, dans l’église Saint Julien. Pris de regret, il voulait ordonner à ses héritiers de rembourser 12 écus, et en cas de refus, il demandait que la somme soit prise sur sa parcelle de L’Eissillon. L’épidémie a empêché toute formalité solennelle et valable…

Donc cette confession ne concerne pas la famille Marseille mais les voisins Borel. Ce « feu » André Borel était certainement mort depuis longtemps, peut-être même de la peste en 1630. On imagine la réaction des héritiers Borel, qui ont bien dû avoir connaissance de cette confession.

 Quelle suite a-t-on donné à ses aveux ?  Antoine Marseille a-t-il créé des problèmes, ou est-ce qu’ils existaient déjà ? Est-ce qu’on l’a pris au sérieux ? Il n’aurait peut-être pas menti devant le notaire et la famille, devant les témoins dont 5 prêtres. Mais alors pourquoi décharger sa conscience si tardivement ? Si Antoine Marseille n’était pas complètement sénile, il pouvait être un peu fatigué à la fin de cette longue cérémonie du testament.

 Est-ce qu’il espérait faire faire par ce biais un don à l’église, gagner des indulgences pour le paradis, selon les croyances anciennes ? Lui-même n’est pas très riche et ne lègue rien à l’église ou à une confrérie, il prévoit seulement neuf années de messes anniversaires de sa mort pour une livre chacune. Douze écus c’étaient 36 livres, une belle cagnotte pour la luminaire de l’église, donnée par les voisins ! Mais Antoine Marseille, qui était illettré, a peut-être choisi ce biais pour faire écrire son témoignage, connu et divulgué depuis longtemps ?

A chacun d’imaginer une explication ou une suite…

Marie Christine

source : Archives départementales des Alpes de Haute Provence 2E12157 folio 23V et suivants :
https://www.laverq.net/genealogie/actes/testament-de-marseille-antoine/6540/

tableau : la forge de Louis le Nain, ~1643, musée du Louvre

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