Une bien belle journée avec Marcel

Le 27 aout 2020 dès 8h du matin, nous étions 14 d’humeur joyeuse et amicale, à nous élancer  sous la conduite de Marcel Clariond vers le hameau du Duc, par le vieux chemin des Reynauds.

Le temps était splendide, lumineux avec une visibilité totale, et Marcel en pleine forme.

Marcel est né il y a 88 ans au hameau des Clarionds, il y est resté jusqu’à ses 25 ans, aidant ses parents agriculteurs et allant garder les troupeaux de moutons des paysans des communes voisines.

 

Avec passion il nous a conté cette vie d’autrefois. Chaque maison, ruine ou point de vue était l’occasion de se remémorer les anciens occupants et leur mode de vie, et même les péripéties vécues en ces lieux.

Ce fut aussi prétexte à des observations botaniques et au rappel des appellations locales de plantes, ou de ces fameux petits oiseaux très appréciés qui ont tant marqué  l’histoire de nos anciens…

 

Après le belvédère du Duc et sa ruche d’information, on gravit le chemin communal vers le défend du Duc, avec de nombreuses pauses bien sûr, mais pendant qu’on souffle Marcel partage ses souvenirs et nous réjouit de ses anecdotes. En écho Christian et Lucien racontent aussi leurs aventures vécues, du temps où ils furent jeunes bergers. Les moments de rigolade ne manqueront pas, c’est vraiment une journée joyeuse.

                   face au Col La Pierre

 

Nous admirons le panorama complet du vallon du Laverq et face à nous se déroulent les alpages vers l’Aiguillette et Roche Close, où Marcel a gardé 7 années de suite, au début des années 50. D’abord un troupeau de 250 têtes, puis jusqu’à 960 moutons appartenant à 6 ou 7 propriétaires. Il les menait sous  la grande Barre et sous Moutière, le « dos de chameau », jusqu’au col La Pierre, et un autre berger menait sur Vautreuil, alors gare aux débordements…

Chaque soir il pouvait laisser le troupeau et redescendre chez lui aux Clarionds, pour repartir très tôt le matin, soit un dénivelé de 1000 mètres à chaque fois, sans compter les déplacements du troupeau. En fin de saison descente sur les Clarionds, puis le Lauzet pour la foire début octobre où se vendait une partie des bêtes, et le jour suivant le reste du troupeau était rendu à ses divers propriétaires à Ubaye : difficile moment des comptes… Il a gardé ainsi jusqu’à ses 25 ans.

Le groupe monte encore jusqu’au replat du Défens, magnifique belvédère, c’est la « cote d’altitude 1941 » sur la carte.

Sur ce promontoire au sortir de la forêt trônent deux énormes mélèzes. L’un ne peut être entouré que par 4 personnes bras tendus et l’autre se distingue par  une impressionnante branche horizontale perpendiculaire au tronc.

                        un mélèze remarquable

 

Après repas et repos réparateurs, le groupe repart bon pied, bon œil en suivant l’ancien canal d’arrosage de Clapieissas et ses petites retenues collinaires.

Nous imaginons le travail pénible pour la construction et l’entretien de ce canal, surtout à travers les éboulis, mais son eau, parcimonieusement distribuée, permettait d’avoir des foins assez hauts pour être fauchés et une repousse pour de longues journées de pâture en fin d’été et à l’automne.

 

 

C’est l’occasion aussi d’évoquer les précieux documents d’archives dépouillés par notre équipe des vieux papiers,  documents du 17ème siècle qui décrivent les ayants droit, les tours de rôle d’arrosage mais aussi des procès, et des conflits avec les habitants du Chastel pour utiliser l’eau du torrent du Chastel à près de 3 km de distance…

Nous poursuivons cet ancien canal encore très bien marqué dans le paysage vers la cabane de La Chalp Vieille, datée de 1861 et restaurée par les frères Tron, en empruntant une partie du GR 56 qui grimpe vers la Petite Séolane.

On se réjouit d’atteindre cette cabane à la cote d’altitude 2016, où un point d’eau a été aménagé, entourée de champs « presque plats » qui étaient fauchés par le papa de Lucien. Le foin emballé dans des trousses était envoyé directement en contre bas dans la grange d’une des maisons des Reynauds,  par un câble long de 900 mètres, avec 400 mètres de dénivelé.

                 la cabane de La Chalp Vieille

 

 

Le retour se fait par un vieux sentier, un peu aérien au passage du vallon, mais sécurisé par des passerelles, grâce à des bénévoles de l’association « Estive ». Il passe devant la cabane de Clot Giraud encore bien entretenue.

Et la journée se termine de façon très conviviale avec un rafraichissement bienvenu, offert par Marie et Lucien dans leur maison des Reynauds.

                                              Face à l’Estrop et au glacier le plus méridional de France 

En conclusion, tout le monde s’enthousiasme quand Lucien et Marcel conviennent qu’ il faudra remettre ça l’an prochain ! A l’an que ven !

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