Une auberge illicite à L’Abbaye

Les Paroissiens sont mécontents…

 

Le nouveau gîte en construction

 

A l’heure actuelle où tous les amoureux du Vallon du Laverq attendent avec impatience l’ouverture du gîte d’étape en construction, il est amusant de découvrir dans les « vieux papiers » qu’il y a eu par le passé de drôles d’initiatives pour gagner un peu d’argent en offrant gîte et couvert aux voyageurs dans le Vallon. Ainsi en 1780 c’est « indûment et mal à propos » que le curé de la paroisse du Laverq a loué le presbytère à un particulier pour y faire auberge, et il l’a loué pour son propre compte.

 

 

 

En 1780 les temps sont durs pour tout le monde, la période n’est pas faste du tout.

A l’Abbaye les habitants ont beaucoup de difficulté à payer tout ce qui est dû au Roi, à l’Archevêque, à la Communauté, à la Paroisse et même au Curé…Pourtant ils ont fait de gros efforts pour garder un prêtre en permanence à L’Abbaye : ils avaient fait bâtir un presbytère, dénommé maison curiale, et doivent l’entretenir à grand frais et en effectuant beaucoup de corvées collectives obligatoires. Il faut croire que cela ne suffit pas. Le Curé n’y réside plus et il en tire profit.

 

 

Le Conseil de Paroisse réuni autour du consul et des procureurs déplorent la situation.

L’affaire est d’autant plus grave que les locaux ont été modifiés : l’aubergiste s’est permis d’agrandir en faisant des ouvertures, et a même rompu un mur mitoyen entre la maison curiale et la maison de la confrérie. La structure des bâtiments est menacée.

 

 

 

Ce n’est pas tout, le Curé a aussi loué une chambre, la grange et l’écurie au « préposé de Monseigneur l’Archevêque d’Embrun » pour y remiser la dîme. La dîme se payait alors encore en nature, au pourcentage des récoltes de céréales, et au vingtième des agneaux. Les ouvriers du préposé ont charrié dans la grange toutes les gerbes collectées pour la dîme et les ont battues dans la grange : « en battant les gerbes, en les entassant et « destassant » ils frappent de façon qu’ils ébranlent et détruisent le plancher, les séparations des chambres et le blanchissage des murs ». Il est précisé que le plancher de la grange n’est fait qu’en planches couvertes de plâtre et que les murs de séparation des chambres sont bâtis en bois et plâtre et attachés au plancher de la grange.

 

Moisson en 1965

 

Le Consul qui expose ces dégradations conclue que la maison curiale doit servir au seul usage du curé, qui ne doit pas « en faire une auberge et une remise de dîme, parce qu’ordinairement dans une auberge, bien des gens, après boire, s’amusent à graver sur le blanchissage des murs et des fenêtres de même que sur les portes, et par ainsi ils dégradent toute une maison… »

Nous voilà renseignés sur les incivilités commises par les clients de l’époque ; cela nous confirme bien le goût pour l’écriture, caractéristique de la Vallée !

 

 

 

C’en est trop ! On délibère et on vote pour missionner deux députés chargés de trouver des avocats pour faire un procès au curé par devant le tribunal qu’il faudra…

 

Or ce conseil fut tenu le 10 septembre 1780, et c’était un dimanche : le dimanche le curé doit venir dire la messe. Alors que le premier délibéré du Conseil est déjà bien noté pour la postérité, « s’est présenté Messire Charbonnel Curé, lequel a offert de donner à la Paroisse la somme de 48 livres, prix et somme qu’il a retiré » de la location. Il s’engage également à fermer l’ouverture dans le mur d’ici la Toussaint. On accepte la transaction.

 

Est-ce que tout est rentré dans l’ordre ?

 

En fait nous ne savons pas ce qu’il advint de cette auberge dans le presbytère, parce que le dernier délibéré conclue : le curé ne pourra plus louer aucun des appartements sous peine de payer 150 livres par an à la Paroisse… Les comptes de la Paroisse ne nous étant parvenus, nous ne savons pas si l’auberge a perduré au profit des paroissiens. En ces temps si difficiles on a peut être préféré autoriser une auberge avec 150 livres de location, puisque de toute façon les curés s’absentaient toujours ? A moins qu’un loyer de 150 livres de l’époque ne soit tout à fait dissuasif et empêche de trouver un gérant ?

 

A la Révolution, donc une douzaine d’années après, conseils de paroisse et confréries étaient dissous et toutes les maisons curiales devenaient Biens Nationaux, vendus ou attribués aux communes. Entre temps le Seigneur Archevêque d’Embrun avait exigé sa dîme en espèces sonnantes et trébuchantes et voulu affermer les biens de la paroisse par un bail de 29 ans. Surnommé le « dragon mitré », ce dernier Prince Archevêque s’enfuit hors de France en 1791.

Procuration de l’archevêque d’Embrun

Marie Christine