Un délit de jeu de boules

Faut-il réprimer le jeu de boules du dimanche matin ?

Jouer aux boules est une vieille tradition dans tout le midi.

 En 1912, à Méolans, le tireur est Domnin Gilly, grand-père de Mme Josette Chambonnet
Photo collection Chambonnet. 

Mais le jeu de boules du dimanche à l’heure de la messe pourrait- il être constitutif d’une infraction aux bonnes mœurs ?

Une petite lettre du 18 Décembre 1805 nous interpelle sur le sujet. Nous sommes donc quelques années après la Révolution, et au cœur de l’hiver, saison d’ordinaire un peu plus calme pour les boulistes ; pourtant le magistrat de sureté de Barcelonnette écrit au Procureur Impérial de Digne à propos d’une plainte à Méolans… lecture d’archive :

« Les maire et adjoint de la commune de Méolans m’ont écrit pour m’annoncer que des individus de leur commune se permettent de jouer publiquement aux boules le dimanche dans le chef-lieu, pendant la célébration des offices divins ; que des cabaretiers donnent à boire et à jouer pendant le même temps : je sens aussi vivement qu’eux combien le mépris public de la religion que suivent tous les habitants de cet arrondissement sans exception est préjudiciable aux mœurs. L’exemple du mal ne manque jamais de faire une impression profonde sur le cœur des hommes, tandis que celui de la vertu peut à peine s’en faire remarquer ; la débauche dans un pays pauvre entraîne à tous les désordres et devient souvent la source des délits les plus graves. Il serait donc du plus grand intérêt pour la tranquillité publique que de pareils écarts fussent sévèrement réprimés. C’est le vœu fortement prononcé des administrateurs qui m’ont écrit.

La loi n’a pas prévu, ou n’a pas voulu voir un délit dans ces actes qui cependant intéressent essentiellement les mœurs publiques.

J’ai néanmoins cru devoir vous en donner avis, pour recevoir vos instructions sur la demande que les administrateurs de cette commune m’ont faite, de leur indiquer les moyens de réprimer cette infraction au respect dû aux mœurs publiques.

 Daignez agréer l’expression des sentiments de la considération parfaite et respectueuse de celui qui a l’honneur d’être, Monsieur, votre dévoué substitut.  Damien Manuel ».

 

 

Source : Archives départementales des Alpes de Haute Provence, cote 3U4/341 

 

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