Morts pour la France

Ils étaient trois frères Lebre mobilisés en 14/18, deux d’entre eux ne sont pas revenus. Tués à l’ennemi le même jour, dès le début de la guerre, ils reposent tous deux dans la grande nécropole militaire de Ménil sur Belvitte avec plus d’un millier de soldats, dont 41 Ubayens.

Ces deux frères étaient incorporés dans le 157-ème régiment d’infanterie comme beaucoup de Bas Alpins, affectés à Gap. Montagnards aguerris chargés de la défense de nos frontières alpines, ils sont envoyés dans les Vosges dès le début de la guerre car l’Italie s’est déclarée neutre. Les premiers combats d’aout 1914 sont particulièrement meurtriers, le « 15/7 » perd un quart de son effectif en 2 jours, dont 49 Ubayens. (1)

Archives des hautes Alpes : la gare de Prunières, arrivée des permissionnaires du 157-ème d’infanterie

Honoré Sicard, originaire d’Allos, était né en 1893, affecté au 15/7 en 1913 il servira jusqu’en 1919. Chargé de porter les ordres sous la mitraille, il voit la guerre dans toute son horreur. Grâce à un petit appareil photo emporté en cachette dans son barda il est revenu avec des photos, très discrètement car la censure militaire veillait…

AD 04 grande collecte, fonds Sicard 046-1-018

 

Sur cette photo de premières tombes et monuments de Ménil sur Belvitte, prise encore en guerre, on peut lire entre autres le nom du soldat LEBRE Antoine, la liste se termine par 6 inconnus. Son frère LEBRE Augustin ne sera reconnu mort au combat qu’en 1917, d’autres dépouilles de soldats ne seront jamais identifiées. En 1927 est achevé un mémorial et une grande nécropole regroupe les sépultures.

Antoine Marius Lebre, appelé aussi Antonin, et son frère Augustin Henri étaient nés à Méolans au hameau de Godeissard ; leur plus jeune frère Jean Joseph était né à Revel où leurs parents Antoine Henri Lebre et Magdeleine Rocchia avaient pris un fermage au Serre de la Chanenche. A la mort du père en 1901, la mère était partie vivre à Barcelonnette avec ses 3 fils et sa fille Marie. Puis en 1908 Antonin avait épousé sa cousine Marie Antoinette Lebre, fille du cordonnier Henri Firmin, de Godeissard à Méolans. C’était donc une modeste famille de l’Ubaye comme tant d’autres, dont tous les « enfants » morts à la guerre se retrouvent sur le monument aux morts de Barcelonnette, classés un peu fictivement par commune de naissance ou résidence…

Le petit Antonin n’avait peut-être pas laissé un très bon souvenir à Revel. A l’âge de 9 ans en 1890 il est déféré à la maison d’arrêt de Gap et envoyé en maison de correction pour un an. A cette époque il y avait une petite épicerie à Revel, au hameau de St Jacques, tenue par Mr Germain Allemand. Antonin a pénétré par « escalade » chez Mr Allemand et a dérobé : 1 jeu de cartes, 3 boites de capsules, ½ kg de pastilles de menthe et 5 frs 25 centimes. Son père se désole, il ne peut faire entendre raison à son garnement de fils. Le juge conclut que ce garçon « manque de discernement » donc son larcin ne sera pas qualifié de vol : il écope d’un an de maison de correction au lieu d’un enfermement jusqu’à ses 20 ans. On sait maintenant que les maisons de correction n’étaient pas de jolies colonies de vacances… Après quelques embauches d’ouvrier forestier, de carrier et un service militaire de forte tête : Infanterie Légère d’Afrique et « campagne en Tunisie », il bourlingue en Algérie, à Sao Paulo, à Marseille puis revient se fixer avec Marie Antoinette ; leur fils Armand naît le 27 décembre 1909 à Barcelonnette. En 1914 il n’avait que 34 ans. Les bêtises de jeunesse qui émaillaient encore son registre matricule sont amnistiées en 1927 par la patrie reconnaissante.

dessin de Louis Raesmakers (1869-1956)

 

 

 

L’après-guerre sera bien difficile pour les autres membres de la famille. Magdeleine Rocchia restera toute seule à Barcelonnette où elle habitait rue Bellon, avec son dernier fils Jean Joseph revenu de la guerre, jusqu’à ce qu’il fonde une famille en 1922. Sa fille se marie à Marseille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Au dos de cette carte le soldat infirmier Ernest Chantepie, père de famille de 45 ans écrit à sa famille :« Elles sont par centaines ces tombes de héros, elles sont jetées à travers la plaine, on ne voit que tombes à travers la plaine. Suis en bonne santé ».  Il a rajouté au crayon « Français/ Allemand » qui désigne les sépultures.

Dans la nécropole de Ménil sur Belvitte reposent 3 soldats LEBRE de Méolans-Revel : les 2 frères Antoine Marius et Augustin Henri  fils d’Antoine « Henri » et Magdeleine Rocchia, et Joseph Auguste fils de Jean Joseph et Marie Philomène Tron qui était marié à Marie Zoé Reynaud. Un quatrième soldat LEBRE de Méolans-Revel a été porté disparu dans le même secteur : Hyacinthe Constantin fils de François Emeric de la Maure Basse.

Photos nécropole : geneanet.org

 

 

(1) Pour en savoir plus sur cette tragédie, cf le livre du colonel Hubert Tassel « L’Ubaye et la guerre de 1914-1918 » Editions du Fournel.

Marie-Christine

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