L’incendie du Chastel

Le 25 janvier 1890 un violent incendie a détruit le hameau du Chastel au Laverq. Heureusement le sinistre ne fit aucune victime, mais cinq maisons furent entièrement détruites, laissant 26 personnes sans abri.

 

 

Dans le Journal de Barcelonnette on a pu lire : « Le feu a pris à une heure de l’après-midi chez Mr TRON Ferdinand. On suppose qu’il a été communiqué à un amas de paille à travers les lézardes d’une cheminée.

 

En quelques instants, la maison de Mr Tron et les quatre maisons contigües ne furent plus qu’un immense brasier. Les toits construits en planches, les cloisons des greniers en planches aussi, les approvisionnements considérables de foin qu’avait fournis la dernière récolte, exceptionnellement abondante, tout servait d’aliment au feu.

 

 

De tout côté on accourut ; mais la fontaine du hameau ne donne qu’un mince filet d’eau, on ne pouvait songer à éteindre le foyer de l’incendie. Tous les efforts se portèrent sur une maison voisine qu’on réussit à protéger en recouvrant son toit d’une couche de neige, sans cesse renouvelée. »…

Le bétail avait pu être sauvé mais tout le reste était perdu, quatre familles très modestes étaient ruinées et se retrouvaient dans le dénuement le plus complet. Personne n’était assuré, l’assurance était très rare à l’époque et coutait très cher.

 

 

Mais aussitôt un grand élan de solidarité s’est manifesté. Les communautés de montagne vivaient dans la hantise de l’incendie : tant de foin sous tant de bois, une étincelle ou quelques braises mal éteintes et c’était la catastrophe. On avait encore en mémoire la liste de toutes les maisons ou villages sinistrés au cours du siècle écoulé. Sept ans auparavant c’était les Clarionds qui brûlaient, six mois avant c’était Ceillac dans les Hautes Alpes pour qui les habitants de Méolans avaient participé en grand nombre à une collecte.

 

 

 

« En mai 1889 Méolans participe à la souscription en faveur des incendiés de Ceillac.

La liste nominative des donateurs avec leur signature comporte 4 pages complètes, dès la première page on y reconnait des habitants du Chastel. Ceillac avait aussi participé à la collecte de 1883 pour l’incendie des Clarionds. On peut y voir la signature de Ferdinand TRON« 

 

Alors tout de suite les dons en nature ou en espèces ont afflué.

On a souligné le dévouement de Mr Reynaud le maire de Méolans. Les familles sinistrées reçoivent les premiers secours financiers de la préfecture, et du ministère de l’agriculture.

Un comité de souscription publique est formé, et une collecte organisée dans toute la vallée et même au-delà, jusqu’à Marseille et Mexico auprès de «compatriotes». Tous les dons en nature pouvaient être déposés non seulement à Méolans, mais aussi au siège du Journal de Barcelonnette ou à la sous-préfecture, on imagine l’encombrement !

 

Toutes les communes alentour participent à la souscription et les listes nominatives des donateurs sont largement diffusées dans la presse locale. Il est difficile de calculer de nos jours ce qu’a pu représenter les sommes recueillies, le coût de la vie étant bien différent d’aujourd’hui. On constate la disparité des dons allant de quelques centimes à 100 francs pour les notables. C’est le percepteur du Lauzet qui comptabilisera, l’opération ne sera terminée que six mois plus tard.

 

D’autres initiatives originales sont venues compléter la collecte : une tombola et une grande soirée de bienfaisance à Barcelonnette ont eu un vif succès.

Pour la tombola 1000 billets avaient été imprimés, il a fallu en réimprimer 500 d’urgence. Il faut dire que les lots sont nombreux : Mr le Préfet a offert une « fort jolie garniture de cheminée », Mr le Sous Préfet « une lorgnette » et Mr Fouquier le député « 50 volumes de la librairie Charpentier qui seront divisés en 10 lots de 5 volumes ».

Pour le spectacle un fameux prestidigitateur offre une représentation, la musique des sapeurs pompiers va interpréter quelques extraits de son répertoire, il fallait bien que les pompiers interviennent à un moment où à un autre ! Cette soirée à l’école normale de Barcelonnette rencontre un vif succès.

Mais pour la petite histoire : la tombola donne lieu à réclamation de Mr B. et le journal de Barcelonnette est obligé de rédiger un communiqué pour « dissiper tout soupçon ». Mr B. n’est pas content, il réclame le super gros lot : la « jolie garniture de cheminée » offert par Mr le Préfet. Il faut dire que son numéro de tombola a été tiré deux fois gagnant. Chance ou plutôt malchance ? Il remportera une photographie de Barcelonnette, on ne retient que le premier tirage de son billet…

Le sinistre a donc fait 26 personnes sans abri, 4 familles dans le dénuement le plus total.

 

Jean Baptiste TRON, environ 60 ans, était qualifié d’ « âgé et malade », avec sa femme Hortense HERMELIN, qui avait 20 ans de moins, ils ont au moment du sinistre 6 enfants à charge, dont le petit Alfred qui n’a qu’un mois et demi.

Il ne se réinstallera pas au Chastel mais au hameau des Viels un peu plus loin après le ravin.

 

 

Dès la fin de l’incendie on savait que les maisons ne pourraient pas être reconstruites au même emplacement sur les ruines calcinées des maisons brûlées.

 

 

Louis « Ferdinand » TRON, 35 ans, et sa femme Clorinde PELLAT, qui venait de La Foux d’Allos, avaient 4 jeunes enfants. Ferdinand  restera au Chastel, mais ses fils partiront dès que possible au Mexique.

 

 

 

Henri Magloire TRON, 43 ans, était aussi chef de famille nombreuse, il hébergeait son vieux père Jean Joseph et sa mère Marguerite GILLY, ainsi que des frères cadets ; avec son épouse Eulalie LEYDET ils avaient 4 enfants. Dans ce foyer c’est donc une dizaine de personnes qui se retrouvent sans toit en plein hiver. Ils se réinstallent au Chastel.

Louis Théophile TRON, 54 ans, et sa femme Joséphine TRON, 40 ans, ont eux aussi perdu leur maison. Ils ne seront plus recensés au Chastel dans les années qui suivent…

 

Les proches voisins épargnés par l’incendie, soit une douzaine de personnes chez Laurent TRON et Napoléon TRON, ont dû avoir très peur eux aussi et beaucoup de soucis après ce sinistre.

                    Le « Château » ou Chastel avant l’incendie, 5 maisons mitoyennes – Cadastre 1812

 

Et que représentait le montant des secours par rapport aux nécessités des victimes ? Impossible de l’évaluer. Seule la mémoire familiale pourrait nous en dire plus.

Malgré le courage, la forte solidarité et les reconstructions, l’exode rural n’a fait qu’empirer après cette catastrophe.

 

Marie Christine

Tous nos remerciements à la Médiathèque de la Vallée de l’Ubaye qui a numérisé et mis en ligne sur son site le Journal de Barcelonnette de 1882 à 1944…

Et à Marie-Reine pour son aide précieuse.

Aquarelle : Nathalie Duval