Lily

Celle que j’appelais maman à la maison et madame à l’école est née en 1917 à Villard-Bonnot où ses parents, Jean-Baptiste Gilly meunier-scieur du Pont de Baud et Octavie Gilly couturière de St Barthélémy étaient mobilisés dans une fabrique d’obus. Elle franchit la petite route qui mène au Moulin le long du Grand Riou de la Blanche dans des bras tremblants qui craignent de la perdre car elle a attrapé la coqueluche.

Fragile enfant qui pleurait devant les flaques d’eau en conduisant ses deux frères Albertin et Domnin à l’école, tant de force animait son âme en amour d’un Pays.

Sa faiblesse pulmonaire ne lui permit pas d’embrasser le métier d’infirmière qui lui tenait à cœur alors elle se mit à soigner une vallée.
Institutrice aux Clarionds puis à St Barthélémy elle aimait cette terre et son métier comme on aime la vie n’hésitant pas à recueillir des enfants de l’assistance publique pour maintenir l’effectif et à rester quatre longues années éloignée de son époux, pour que ne ferme pas la dernière école de la vallée où ne restaient que 5 élèves en 1960.

Connaissant la terre et son dur labeur elle utilisait les vacances scolaires à faire les foins, ouvrait chez elle une cantine improvisée pour offrir un plat chaud à midi l’hiver à ceux qui venaient de loin à pied, rédigeait à la demande le courrier administratif de tous ces braves gens qui avaient besoin d’aide et de concert avec le Docteur Grouès devenu un ami, prodiguait les soins de première nécessité.

 

 

 

Blanche Léa Gilly, Lily pour tous ceux qui l’ont croisée, avait épousé en 1947 son grand amour de jeunesse Albert Gilly de St Barthélémy après 16 ans d’attente à cause de la guerre.

C’était peut être trop tard pour un enfant, pour avoir le temps de lui donner tout l’amour qu’ils souhaitaient, mais  la vie qui n’en fait qu’à sa tête leur fit cadeau d’un petit être prématuré et si fragile, sans couveuse et sans lait maternel, élevée avec tant d’ardeur, tant de bienveillance qu’aujourd’hui elle n’a pas assez de mots pour chanter louange.

 

 

 

 

 

 

C’était l’automne, le Grand Riou était sortit de son lit, elle tenait à rester seule au Pont de Baud où une leucémie lentement rongeait la vie en elle.

La douleur la fit partir juste après qu’elle ait, en guise d’adieu, minutieusement graissée la vieille machine à coudre de sa mère. Au cœur de la souffrance toujours ce même sourire jusqu’au 24 octobre 1995.

 

Lise

 

 

 

 

Photos : Lily et  Albert

La couturière : Geneviève Gaillard