Les petits écoliers ont froid

Cette année là les derniers jours de mars n’étaient peut-être pas aussi froids qu’en 2022, mais l’instituteur s’inquiétait quand même pour ses écoliers et réclamait du bois de chauffage.

Joseph Ricaud* écrit au maire de Revel le 12 mars 1887. Il craint que ses élèves ne prennent froid, surtout quand « ils arrivent en sueur » dans la petite salle de classe de Rioclar. Il faut absolument chauffer encore un peu et pour cela il manque de bois de chauffage, il réclame une fourniture rapide. Ce sont les parents qui doivent fournir le bois, et il y a des retardataires malheureusement. L’instituteur menace d’en aviser l’inspecteur d’académie.

Les enfants arrivent de loin, difficile de leur faire porter une buche tous les matins comme cela a pu être décrit pour l’école d’autrefois. A Revel l’’instituteur établit un « rôle du bois », les parents fournissent le bois en fonction du nombre de leurs enfants à l’école. On peut s’acquitter en nature ou bien en espèces. Le conseil municipal a voté un prix à payer pour ceux qui préfèreraient payer une somme d’argent plutôt que de fournir les buches. Un véritable « règlement du chauffage » prescrivant les obligations de chacun a été élaboré depuis longtemps. Les parents doivent fournir ¼ de stère de bois sec par élève qui fréquente l’école du 1er novembre au 1er mai, ou 3 francs par quart de stère, qui peuvent être payés 50 centimes par mois, … et « si un quart de stère ne suffit pas il doit en être fourni deux ».

Mais si les parents ont à charge les frais de chauffage, l’école est néanmoins gratuite à Revel depuis 1878. Le conseil municipal avait supprimé la « rétribution scolaire » que devaient payer les parents, avant même la loi de Jules Ferry de 1881 instaurant l’école gratuite.

 Depuis 1835 il y a une véritable école communale à Revel, puis 3 en 1840 et 6 écoles publiques mixtes en 1880, réparties dans les hameaux. La loi imposera aussi l’instruction obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans, avec possibilité de quitter l’école dès l’obtention du certificat d’études, qui peut être présenté dès 11 ans. Mais à Revel en 1889 on vote pour ouvrir les écoles aux enfants jusqu’à 17 ans.

Toutefois la classe n’est fréquentée que quelques mois par an, les absences pour aider les parents sont très fréquentes. Dès la belle saison les salles de classe se vident pour les travaux des champs et la garde des troupeaux. Les instituteurs tiennent un registre des absences, avec leur motif. Le travail des enfants pour leurs parents est un motif d’absence autorisée.

 Les bâtiments d’école ne sont pas encore communaux au 19ème siècle, des salles de classe sont louées et aménagées chez des particuliers.

Les habitants de Herbez, Les Clots, Petite et Grande Blache entreprennent eux même la construction d’une école au hameau de la Grande Blache sur un terrain offert par un particulier. Ils l’inaugurent en 1870, ayant obtenu la nomination d’un instituteur.

 La belle école de Rioclar est bâtie en 1899, avec une souscription publique complémentaire pour son financement…

 

 

 

 

 

Le bâtiment de nos jours.

 

*Joseph Ricaud a été longtemps instituteur à Rioclar. Né en 1834 à Faucon de Barcelonnette, il se marie à Revel en 1862 avec Elodie Borel, et y restera jusqu’à son décès en 1906.

Marie Christine

sources : Albert Lebre et archives communales.

carte postale ancienne : http://ubaye-en-cartes.e-monsite.com/

illustration : affiche Rossignol,  « Jules Ferry et l’école primaire »

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