Les arbres du Laverq: Épousailles insolites

Ces arbres qui naissent et poussent n’importe où !!!, dans le vallon du Laverq. C’est Quoi ??

1ere explication : pour un néophyte en botanique, mais calé sur la généalogie.

C’est dans le vallon du Laverq et vous savez qu’en 1900 il y avait 300 personnes dans l’ensemble des hameaux autour de l’Abbaye et 17 familles Tron mais pas toutes parentes. Vu la proximité des familles, les hivers longs, les veillées …etc. les Tron se rencontrent et il y eut surement des « croisements » consanguins et cela donne des « Troncs » bizarres, à plusieurs têtes, comme on peut le voir sur les photos.

2eme explication plus plausible, me semble-t-il. Parole de Forestier.

Epicéa et Sorbier des Oiseleurs ayant poussé sur un Saule.

Comment est-ce possible ?

Le Saule devient « un porte graine ». La petite graine ailée du cône de l’Epicéa est transportée par le vent et le noyau de la drupe est transporté par un oiseau (une grive par exemple) qui a mangé cette drupe, noyau que l’on retrouve dans la fiente de l’oiseau.

Sorbier des Oiseleurs, avec ses belles drupes (fruits) rouges en grappe ayant poussé sur un Saule.

Ensuite sur le Saule germe les graines (très peu) ci-dessus et le saule en devient le nourrisseur c.à.d. « la maman » pour toujours. En effet au croisement des charpentières du Saule il y a de la mousse, l’accumulation de feuille sèches…etc. bref un « reposoir » pour recevoir des graines, pour leur Germination, une accroche pour qu’elles y prennent racine (normal pour un « Tronc » …) et la nourriture pour leur développement et leur croissance. Ces 2 arbres, le sorbier des Oiseleur et l’Epicéa, vivent donc au dépend du Saule, ce sont des hémiparasites et on dirait des Saprophytes (c.à.d. des « ça Profite ») si c’était des végétaux sans chlorophylle.   C.Q.F.D.

Pin Cembro poussant sur une vieille souche de Mélèze :

Ceci est plus courant, la souche de mélèze est très grosse et très vieille (+ de 150 ans) et le mélèze est très dur, pratiquement imputrescible. Cette souche est presque complétement pourrie, l’arbre a dû être coupé il y a peut-être + de 100 ans et la graine de Pin Cembro a germé dans du « pourri » et ses racines se nourrissent sur une souche tout simplement.                                                                               

Quelques précisions sur ces essences forestières, ces 5 arbres.                                 

1- Le Saule : Famille des Salicacées : Salix en latin et en patois « Saouve » avec beaucoup d’espèces (40 environ en France). On le trouve dans toute la France encore à + de 2400m d’altitude, arbuste ou arbre pouvant atteindre + de 25 m de hauteur selon l’espèce, feuilles alternes entières ou denticulées, souvent poilues avec un court pétiole (« queue » de la feuille).
Feuillu ayant des chatons unisexués, mâles allongés, cylindriques et femelles globuleux.
Essence monoïque (Fleurs mâles et femelles séparées mais sur le même individu). Bois homogène clair sans limite nette entre l’Aubier (bois du bord vivant, là où circule la sève) et le Duramen (bois de cœur, non vivant). Bois léger, se travaillant bien et facile à fendre (et oui avec une hache on se fend la gueule…).

Utilisation traditionnelle selon les espèces : vannerie, menuiserie, douves de tonneau, sculptures, prothèses (et oui…), pâte à papier…etc.              
Combustible médiocre mais jadis recherché en boulangerie, pour les fours à chaux, à plâtre (fagots brûlants rapidement et donnant des coups de feu de température élevée). Écorce riche en Tanin, utilisée pour le Tannage des peaux et avec des matières tinctoriales rouges, brunes ou noires.

Propriétés : Essence mellifère et écorce anti-rhumatismale et fébrifuge contenant de la Salicine et de l’Acide Salicylique (d’où famille des Salicacées) entrant dans la composition de l’Aspirine.
Alors vous savez maintenant où vous soigner (et c’est pour cela qu’il « soigne » bien les autres arbres qu’il héberge…).

2- L’Epicéa commun, famille des Pinacées : Picea abies, (sapin rouge sapinette mais ces 2 appellations prêtent à confusion car l’Epicéa est très différent du Sapin). Pesse ou Serente en patois, une seule espèce en Europe.
Arbre forestier très important. Résineux à aiguilles persistantes, pouvant atteindre 50 m de haut, 300 ans de longévité et poussant de 700 à 2000 m c.à.d. de l’étage Montagnard à l’étage Subalpin. Essence très résistante au froid qui préfère les climats humides. Port conique, rameaux bruns rougeâtres où sont insérées les longues aiguilles en brosses et légèrement piquantes. Cônes allongés pendants et tombant sans se désarticuler.  PPP : Piquant, Pendant, Pointu.  C.Q.F.D                                                                                   
Usages, propriétés : Charpente, menuiserie, lutherie (bois de résonance), poteaux, caisserie, pâte à papier…etc. et bien sûr arbre de Noël (très souvent des épicéas, perdant plus vite leurs aiguilles que des sapins). Gemme autrefois (récolte de la résine).                             

3- Le Sorbier des Oiseleurs, famille des Rosacées : Sorbus Aucuparia, Sorbier des Oiseaux, des Grives, Thymier, Cormier des chasseurs, Sorbier sauvage, « Pouisse » en patois. 6 espèces en France. Arbre de 15 m de moyenne à feuilles caduques, de 100 ans de longévité. Feuilles alternes, composées, pennées de 9 à 15 folioles (petites feuilles) presque entièrement dentées. Petits fruits, en grappes, sphériques, (fausses drupes) rouges à maturité (Sorbes) comestibles.
Pousse de 700 à 2000 m d’altitude, essence plutôt de lumière mais exigeant une forte humidité atmosphérique.

 

Usages et propriétés : Bois dur et dense à large Aubier, ébénisterie, tournerie, pièces de machines, manches d’outils, douves de tonneaux (pour mettre le « Kirsch » …). Fruits parfois distillés donnant une espèce de Kirsch. Fruits très appréciés des oiseaux d’où les noms communs de « Sorbier des oiseaux, des grives »). Essence plantée pour l’ornement (alignement). Feuilles Purgatives et Pectorales. Fruits Laxatifs, Diurétiques, Emménagogues et Antiscorbutiques (avec tout ça vous êtes bien soignés et vous allez à la selle…

 

4- Le Mélèze d’Europe, Pinacées : Larix Décidua, « Méouse » en Patois.        
Essence de lumière bien connue de nos montagnes, poussant jusqu’à 2400 m dans l’étage subalpin, longévité jusqu’à 500 ans. Il est le seul Résineux perdant ses aiguilles l’hiver.
Usages : bois d’excellente qualité, très durable (bardeaux) et Résine donnant la Térébenthine de Venise (propriétés médicinales).

 

 

Pinus cembra

5- Le Pin Cembro, Pinacée : Pinus Cembra, Arolle, « Eouve » en patois.
Espèce de demi ombre, jusqu’à 2500 m, croissance lente, longévité de + de 500 ans avec des gros cônes violacés, mats très résineux. Grosse graine « Pignon » (10 mm) sans aile. Arbre associé au Casse noix moucheté qui se nourrit de ses graines et les disperse (oubli…).

Usages, propriétés : Bois homogène assez clair facile à travailler et décoratif (meubles du Queyras avec rosaces, roue hydraulique des moulins, mobilier des églises, statues, horloges, sculptures). Reboisement en haute montagne.

 

 

J’ai été un peu long, passion, normal pour un Tron, « sensé » (tronc sans « c »)

Bernard TRON, Forestier Retraité

Crédit Photos :

Les arbres en épousailles : Bernard
Épicéa : Marie Christine
Sorbier des oiseleurs : Marie Reine
Mélèze : Lucien
Pinus Cembra – CBNA – Jean Charles Villaret

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