L’église St. Jacques à Méolans-Revel

Sur les traces de l’Ordre de Chalais en Ubaye.

L’église et le hameau de Saint Jacques, sous la tête de Louis XVI, vus depuis Méolans.

 

1. Découverte extérieure.

La commune de Méolans-Revel est née de la fusion, en 1973 des deux communes de Revel sur l’adret, en rive droite de l’Ubaye et de Méolans, à l’ubac, en rive gauche.
La commune est aujourd’hui peuplée de 350 habitants, elle en comportait près de sept fois plus (2337) en 1831 au plus fort de l’occupation du territoire, dont 973 à Revel et 1364 à Méolans.
L’importante population d’autrefois explique la présence de 5 paroisses, 2 sur Revel : St. Jacques et ND des lumières à Rioclar et 3 sur Méolans : St. Julien (Méolans), St. Barthélémy et St. Antoine (Laverq).

Façade Nord et chapelle du cimetière

Il existe également un très grand nombre de chapelles.

 

La municipalité de Méolans-Revel avec son ancien maire Emile Tron qui cumula 49 ans de mandats (12 en tant que maire de Méolans et 37 pour la nouvelle commune fusionnée) s’est toujours souciée de la valorisation de son patrimoine, considéré comme un bien commun. Les 5 églises ont été restaurées, ainsi que beaucoup de chapelles.

 

L’église St. Jacques le majeur, c’est à dire St. Jacques de Compostelle était jusqu’en 1761, date de construction de l’église ND des lumières à Rioclar, la seule église de Revel. Un grand pèlerinage a fait étape en 2001.

 

La commune de Méolans-Revel se caractérise par une extrême dispersion de l’habitat, organisation atypique, contraire aux principes de la loi Montagne et de l’urbanisme actuel encourageant, voire imposant le regroupement et la densification. L’explication est double : le territoire est morcelé et séparé en plusieurs parties par des ravins parfois infranchissables et comme c’est le cas dans toute la vallée de l’Ubaye, au relief complexe, on a voulu valoriser toutes les terres cultivables, même dans des situations extrêmes.

Comme le disait Jean Reynier, qui a beaucoup étudié l’église : « il fallait beaucoup de foi aux habitants des hameaux des Herbes, à 3 km, de l’Aubrée haute à 6 km, ou Girardeisse, encore plus éloigné, avec un dénivelé important, pour assister à la messe du dimanche ».

Ils seront pourtant nombreux puisque, comme on le verra, l’église a été agrandie, au moins 2 fois (ce que les murs nous apprennent). L’église St. Jacques ne suffisant plus, on construira une nouvelle église au hameau principal du versant, Rioclar, en 1761.

 

 

Les 2 églises continueront à être fréquentées simultanément, le culte à St. Jacques fut assuré par l’abbé Auguste Fabre jusqu’au début de la guerre de 1914.

Depuis, l’église n’est ouverte qu’à l’occasion des enterrements, des baptêmes et des mariages. Une cérémonie annuelle a lieu en juillet pour la fête de St. Jacques.

 

 

Le terrain plat servant de parking aujourd’hui a de quoi étonner dans une vallée où le moindre espace était cultivé. Pourquoi un tel espace libre et démesuré par rapport au nombre d’habitations du hameau ? En fait, il était partiellement occupé par le presbytère démoli en 1950 qui apparaît sur le cadastre napoléonien. La taille de ce bâtiment laisse penser qu’il avait une fonction plus importante, un noviciat ? Il était semble-t-il, à cheval sur le parking actuel et le talus en aval si on fait la corrélation avec le cadastre actuel.

 

 

L’église était accessible par trois sentiers : celui existant depuis la Fresquière, un second, toujours existant à flanc de coteau vers l’Ouest (Chaudon, Les Blaches, Les Clots, Les Herbes) et un troisième remplacé par la route actuelle construite en 1960, vers le territoire en amont (La Chanenche, jusqu’à L’Aubrée basse et l’Aubrée haute).

En façade Est, se trouve la sacristie, certainement la dernière partie construite, sur un soubassement de la hauteur d’un étage, abriterait-il une pièce dissimulée ?

A l’angle du chœur et de la chapelle Sud, on voit un mur qui devrait être un reste de la chapelle Sud originelle, sans doute identique à celle côté Nord.

Les chantiers : une première tranche de travaux a été réalisée en 2012 : la réfection des façades et de la couverture. Les enduits sont traditionnels, à la chaux, exécutés par un très bon façadier Christian Brunet de Faucon. Comme c’est souvent le cas, le décroutage préalable a révélé les traces d’anciennes ouvertures dont l’explication n’est pas toujours évidente.

Façade Ouest : la façade d’entrée, par définition, plus noble que les autres a été revêtue d’un badigeon de chaux de couleur.

 

 

 

Une niche abrite une copie (fidèle) de la statue de St. Jacques, dont l’original (ci-contre) en marbre de carrare est en mairie. Cette statue qui a cinq siècles serait, selon Raymond Collier, un spécialiste régional des arts religieux, la plus ancienne connue en Provence.

Même si ce n’est qu’une copie, la statue est protégée par un verre de sécurité propre à décourager toute convoitise.

En fin de chantier, il a été décidé de parachever les travaux par la restauration de la chapelle et du mur du cimetière.

 

 

 

St Jacques : La statue originale

 

Le cimetière.

Il est censé héberger les restes de Pierre Tron de Chaudon mort vers 1455, descendant direct des Tron de St. Benoît de Venise, à l’origine de tous les « Tron » de la vallée. Mais, compte tenu de l’importance du personnage, il serait plus vraisemblable qu’il ait été inhumé dans l’église elle-même. Chaudon, voisin de St. Jacques était un hameau de 80 à 100 habitants à l’époque et centre de la seigneurie de Chaudon, léguée à Pierre en 1440 en remerciement de ses services, par le duc Amédée III de Savoie, avec le titre de gouverneur de la ville et de la vallée de Barcelonnette.

Travaux invisibles mais prioritaires, un drainage périphérique a été réalisé sur toutes la façade nord enterrée.

Le clocher est incontestablement très ancien, mais pas de la toute première origine comme on le verra plus loin, Il serait plutôt du XIVe, époque à laquelle les églises ont pallié l’absence de châteaux, la féodalité n’ayant jamais été beaucoup développée en Ubaye. Les églises remplissaient donc une fonction civile, notamment la conservation des archives dans des pièces voutées protégées de l’incendie, mais aussi le stockage de vivres, comme à l’église St Julien de Méolans. On le verra à l’intérieur. Sa forme est unique dans la vallée et peu répandue dans les Alpes du Sud. Cette forme de couverture pyramidale semble un premier témoignage de l’architecture chalaisienne, très attachée aux symboles. Chaque face est un triangle équilatéral évoquant la Trinité, triangle que l’on retrouvera à plusieurs reprises à l’intérieur de l’église.

Le clocher semble avoir subi un accident important, peut-être la foudre ? Les archives font état du remplacement de la cloche et de sa reconstruction en 1852 suite à un accident qui n’est pas identifié. Mais les pierres employées en partie haute sont différentes des autres.

A cette date, le maire de l’époque Jean-Joseph Eyssautier propose à son Conseil, les réparations suivant le devis de 8471,34 F (environ 27 700 € d’aujourd’hui) établi par Maurin architecte (un patronyme local).

Le Conseil proteste : la commune ne peut supporter une telle dépense !

Finalement, grâce à des dons en espèces ou en journées de travail de la part de la Fabrique de Revel, la commune acceptera de financer le solde soit un peu moins de la moitié.

En 1877, un certain abbé Collomb propose sa surélévation et laisse un (modeste) don de 50 F ! Ce don lui sera remboursé et la commune ne donnera pas suite.

La réfection de la couverture a fait l’objet d’un débat entre la commune et son architecte. Il avait été envisagé de la refaire dans le matériau d’origine (toujours visible dans les combles), en ardoises. La consultation des entreprises s’est faite sur les 2 solutions, ardoises ou bardeaux de mélèze. Le résultat de l’appel d’offre fut surprenant, les 2 hypothèses étant sensiblement au même prix. Toutefois, le choix final s’est porté sur le bardeau pour deux raisons : toutes les autres églises de la commune avaient déjà été recouvertes en bardeaux et le maire, toujours très consensuel, ne voulait pas faire d’exception et jugeait en plus le choix de l’ardoise un peu trop ostentatoire.

La toiture en bardeaux de mélèze est conforme au mode de pose traditionnel dit à double cours. De ce fait, elle pouvait se suffire à elle-même comme toutes les constructions anciennes, d’autant plus que les combles n’étaient pas utilisés et largement ventilés. Mais ce mode de pose n’est plus réglementaire et le savoir-faire s’est un peu perdu. Toutefois, la pose de l’entreprise (Gandelli) est en tous points conforme à la tradition et perpétue un précieux savoir-faire. La charpente du grand auvent abritant la façade Sud, en mauvais état, a été refaite à neuf.

 

La pose du bardeau s’est faite sur étanchéité suivant le principe de la double toiture obligatoire en climat montagne. Un point particulier souvent mal conçu (y compris sur certains monuments historiques) est le traitement des rives. Un détail de finition permet de dissimuler complètement l’étanchéité au regard.

Le bardeau de mélèze dure 2 fois plus longtemps au nord (ou il est moins soumis au cycle du gel/dégel) qu’au Sud, soit de 100 à 150 ans au Nord et 50 à 75 ans au Sud.

La deuxième tranche du chantier, en 2014 a consisté en la rénovation intérieure.

2. Visite intérieure.

Plan général

Ce qui surprend d’abord est le désaxement de la nef par rapport au chœur.

La mémoire locale nous dit que la nef aurait été reconstruite en retrait du talus suite à son effondrement. L’observation des lieux ne le confirme pas.

L’église d’origine a simplement suivi la configuration du sol rocheux. Elle est construite dans un axe Nord-Est/Sud-Ouest dérogeant aux strictes règles du chevet à l’Est. En poursuivant la construction dans ce même axe, l’extension se trouvait trop au bord de la pente. Il était indispensable de la désaxer. C’est dès la construction primitive que l’on a modifié l’axe. La chapelle Nord, contemporaine du chœur et désaxée par rapport à celui-ci en témoigne.

Il n’en reste pas moins vrai que l’église a été ruinée et reconstruite à plusieurs reprises. La trace d’une ancienne voute, plus haute que la voute actuelle est visible dans les combles. La chapelle Sud originelle a disparu. Celle existante est plus récente et moins profonde que celle du Nord, sans doute pour s’assurer d’une bonne fondation que la chapelle d’origine avait peut-être négligée.

Que pouvons-nous ou que pouvions-nous observer sur la construction qui en explique la genèse ?

L’église a été construite au moins en 3 fois et sans doute bien davantage.

Le chœur, et la chapelle Nord dédiée à la vierge Marie sont de la même époque et constituent les parties les plus anciennes. Nous avons eu la chance de faire visiter l’église à François Boespflug, dominicain et historien de l’art chrétien, du moyen âge en particulier. Les chapiteaux, aux pieds des arcs doubleaux transversaux, visibles au fond de la chapelle Nord, derrière la cloison qui la coupe en deux sont identiques à ceux mis à jour pendant le chantier dans le chœur. Ils représentent une figure humaine, très primitive qui laisse supposer une origine XIIe siècle selon François Boespflug. La datation du XIIe est d’ailleurs celle évoquée par Jean Reynier, sans toutefois qu’il l’argumente. La « croisée d’ogives », constituant le chœur, caractéristique de l’architecture dite « gothique » apparait en France au XIIe Siècle. Le chœur possède un chevet plat, caractéristique de l’architecture chalaisienne.

La chapelle Sud, avec une voute en berceau, est manifestement postérieure mais comme on le dit plus haut, elle a dû remplacer une chapelle plus ancienne identique à la chapelle Nord. Il est en effet peu probable que l’on ait construit la chapelle Nord sans son pendant au Sud et sans transept. L’ensemble chœur, transept et chapelles constituait l’église primitive.

Le clocher a été bâti dans un second temps. Preuve en est l’existence d’un double mur très épais du côté de la chapelle Nord, corroboré par l’existence d’une double structure côté chœur. La pièce au pied du clocher était selon toute probabilité, le lieu protégé ou l’on conservait les archives qu’elles soient religieuses ou civiles. La belle et grande armoire remplissait cet usage. Cette pièce a naturellement servi de sacristie jusqu’à la création de la nouvelle.

De récentes recherches par un musicologue médiéviste (Frédéric Rantières) ont permis de mettre à jour d’anciennes partitions de chants grégoriens, originales. Ces recherches, très prometteuses, vont se poursuivre en vue de futurs concerts.

La première travée de la nef, constituant le transept, de construction postérieure devait logiquement exister à l’origine, mais elle semble avoir été rebâtie en même temps que la 2e travée et sans doute la chapelle Sud, à la suite probablement de l’effondrement de la voute primitive évoquée plus haut. La troisième et dernière travée a été bâtie plus tard, l’appareillage des pierres (plus visible aujourd’hui) étant nettement différent des 2 autres. On remarquera également que les murs sont moins épais (voir plan).

 

 

 

Mais pourquoi donc, la chapelle Nord a-t-elle été bizarrement coupée en deux ? Jean Reynier s’était interrogé sur ce mystère qui n’en est pas vraiment un. Un « tunnel » dans le mur du clocher, vouté et long de 2,50 m relie l’ancienne sacristie au pied du clocher à la 2e partie de la chapelle Nord cloisonnée. Cette liaison semble d’origine et devait relier simplement sacristie et chapelle. Mais dans un second temps, le prêtre officiant a souhaité un accès direct à la chaire. C’est la raison pour laquelle un petit édicule a été construit à l’extérieur en façade Ouest de la chapelle et un couloir d’accès a été créé en cloisonnant la chapelle. Ainsi le prêtre pouvait apparaitre à la chaire, en toute discrétion, comme par surprise…Comme dans la partie cachée de la chapelle, la voute est dans son état d’origine et n’a jamais été enduite, on peut supposer que cette cloison séparative est très ancienne.

 

 

 

Le rétablissement de la chapelle dans son intégrité resterait à faire. Pour l’heure, elle témoigne du style des anciens décors présents dans l’église et de l’état le plus ancien du bâtiment dans la partie cachée. Le couloir abrite un lavabo, courant dans les édifices de la même époque.

Les anciens décors visibles avant travaux ont fait l’objet d’une expertise préalable, par Lionel Monges peintre fresquiste à Entrevaux.

Le décor apparent sur le chœur avant travaux était constitué d’un fond bleu (XIXe) et d’un rehaussement des arcs composé d’un motif floral orangé sur un fond ocre clair. Les arcs étaient doublés d’une moulure revêtue d’un badigeon noir.

Les murs du chœur comportaient un décor en faux appareillage de pierres présumé XVIe. L’arc triomphal était revêtu de médaillons.

Le décor de la voute du chœur s’est avéré être une sorte de rappel historique des différentes étapes de restauration significatives et des sensibilités de chaque époque.

Sous le badigeon bleu XIXe on a découvert un décor dans le même esprit que les arcs, fait de motifs floraux orangés sur un fond ocre orangé plus clair (XVIIe ?)

Et sous ce badigeon, on a mis à jour un autre badigeon insolite de couleur gris-noir.

Après analyse, il s’est avéré que ce n’était pas la trace d’un ancien incendie, mais réellement de la teinte la plus ancienne sans pour autant affirmer que c’était celle d’origine. Vu la qualité des appareillages des arcs et des voutes, la pierre était probablement apparente sur la construction primitive, comme à l’abbaye mère de Chalais à Voreppe (38) ou à Boscodon.

En toute restauration, le débat est souvent passionné au sein des Monuments Historiques : Quelle époque de référence choisir ?

On pourra toujours commenter le choix opéré. Il se justifie par la volonté de retrouver l’esprit originel de la construction caractérisé par la pureté des formes et l’absence de décor, conforme à la règle de St. Benoît. Pour les croyants, il s’agit aussi de rétablir une ambiance sereine propice au recueillement et la prière.

Par ailleurs, la découverte de très beaux appareillages en cargneule incitait à les montrer. Ce fut fait pour la croisée d’ogive. Le très mauvais état de l’appareillage de la voute du chœur, en dallettes taillées de cargneule n’a pas permis de le laisser apparent. La chapelle Nord possède quant à elle le même appareillage en bon état (visible de l’autre côté du mur), d’où l’intérêt qu’il y aurait à le montrer. Ce serait le témoignage le plus ancien de l’édifice.

Un quart de la voute du chœur, côté Sud a dû être rebâti. Très fissuré avant travaux, il s’est révélé totalement instable après décroutage et les tirs de mine de la carrière voisine ne sont peut-être pas étrangers à ces dégâts. Cette opération a été assez compliquée car l’extrados était inaccessible vu l’encombrement de la charpente. L’entreprise Brunet a fait un travail remarquable, en sous-œuvre, en usant d’une astuce technique peu conforme peut-être à la rigueur des Monuments Historiques mais efficace.

L’enduit des murs a été réalisé de façon traditionnelle, toujours à la chaux, mais avec une finition particulière au mortier de chaux et granulats de marbre de Carrare, ce qui lui confère cette blancheur et ce poli.

Les badigeons de couleur rehaussent les éléments de structure, piliers enchâssés et arcs. La teinte orangée choisie rappelle celle des voutes du chœur au XVIIe.

En quoi l’église St. Jacques évoque-t-elle l’architecture chalaisienne ?

 

 

 

Les abbayes chalaisiennes construites au XIIe pour la plupart s’inspiraient des règles de St Benoît, simplicité, absence de décors, d’où des éléments caractéristiques comme le chevet plat et comme pour l’abbaye-mère de Boscodon, une utilisation symbolique de tracés régulateurs et du nombre d’Or, qui n’est pas, loin s’en faut, l’apanage des seuls chalaisiens.

 

 

 

 

 

Le relevé de l’état des lieux révéla le tracé tout à fait remarquable des arcs du chœur :  les centres de l’arc en plein cintre et des 2 arcs d’ogives latéraux, forment un triangle équilatéral parfait au centre du chœur évoquant le tétragramme sacré[1]. Cette interprétation est corroborée par la présence du Tétragramme dans le portillon central de la grille de clôture du chœur (et encore sur le tapis de l’autel.)

Puis poursuivant le cercle de l’arc triomphal jusqu’au sol, on constate que le cercle tangente le sol avec une toute petite imprécision apparente, mais qui correspond simplement à la différence de niveaux entre le sol actuel et le sol d’origine. Autre observation : le rayon de ce cercle correspond à la hauteur de la flèche du clocher (3,10m).

Un tel tracé ne peut être le fruit du hasard et témoigne d’une volonté avérée, comme Pierre Bilheust, sœur Jeanne-Marie, frère Isidore et beaucoup d’autres l’ont bien mis en évidence à Boscodon (voir les cahiers n°4 et n° 8 de l’association).

 

On de développera pas ici un discours sur le nombre d’Or, la divine proportion ! discours inutilement chargé d’ésotérisme alors qu’il s’agit de quelque chose de simple. Le nombre d’Or c’est avant tout la mesure de l’être humain : regardez votre corps, votre main, le rapport entre vos phalanges, par exemple…

Comme l’explique particulièrement bien Villard de Honnecourt[2] au XIIIe siècle, il était nécessaire, sur les chantiers de l’époque, de disposer de moyens manuels simples et efficaces permettant à des artisans illettrés de réaliser des prouesses, comme la taille de pierres complexes.

Mesurer à partir de son corps était un moyen accessible à tous : la palme, la paume, l ‘empan, etc. [3]

Ceci dit, il est difficile de corroborer ces anciennes mesures avec les cotes relevées dans l’église. Un autre système qu’il serait intéressant d’identifier, a dû être utilisé.

Utiliser les mesures du corps humain dans la construction ne serait pas inutile aujourd’hui et constituerait même une évidence. C’est ce qu’a essayé de promouvoir Le Corbusier avec le Modulor qui en sus permettait de concilier systèmes métrique et anglo-saxon. Dans la construction, les mesures « non finies » que l’on utilise aujourd’hui compliquent l’assemblage harmonieux des composants, d’autant plus que se mélangent les 2 systèmes, métrique et anglo-saxon.

Un autre élément évoquant l’esprit chalaisien a été la mise à jour, pendant le chantier, d’un motif sculpté sous la rosace en plâtre préexistante surmontant le chœur. Tout émoustillé par cette découverte, Christian Brunet appelle aussitôt l’architecte : « il y a une sculpture en forme de poisson…venez-voir !

On constatera que ce motif n’était pas un poisson, mais celui d’un agneau, l’agneau mystique dans lequel on reconnait le même agneau en rosace de la croisée d’ogives du transept de l’abbaye mère de Chalais. Agneau, mystique sans doute, mais aussi symbole de l’activité pastorale dominante du XIIe siècle et des suivants.

L’usage du tuf pour les voutements du chœur, de la chapelle nord et des chaînes d’angle est courant dans les édifices chalaisiens. L’usage du tuf (ou de la cargneule) pour les voutes témoigne d’une intelligence technique (légèreté) plus rare que ce que l’on pourrait supposer.

Nombre de voutes construites en pierres lourdes se sont écroulées et les solutions pour les reconstruire ou les consolider sont parfois contraires au bon sens le plus élémentaire…

Enfin, comme le remarque justement Pauline Brousse, l’église St. Jacques est sur le chemin le plus direct du Laverq à Boscodon, par le col des Olettes mentionné col de Boscodon sur une carte ancienne du XVIIIe et sensiblement à mi-chemin. Comme il faut 2 journées pour joindre Boscodon depuis le Laverq, il n’est pas impossible que St. Jacques ai servi d’étape intermédiaire, ce qui expliquerait l’importance du presbytère disparu.

Bien sûr, ce sont des hypothèses, mais toutes ces concordances associées à la concordance dans le temps prêtent à penser que les moines chalaisiens ont participé ou inspiré la construction de St. Jacques.

On ne peut terminer la visite sans un regard sur le mobilier, les sculptures et les tableaux.

La niche à droite du chœur abritait autrefois une statue de St Jacques. Avec humour, Jean Reynier nous dit qu’en 1997, elle a quitté son logement sans prévenir et personne, à ce jour, ne l’a vu reparaître…

Les habits liturgiques extrêmement élaborés, les cloches, les tableaux, le mobilier et sans doute aussi la construction elle-même ont été financés par les dons de paroissiens. Ils ont également contribué au dernier chantier, par l’intermédiaire de la Fondation du patrimoine.

Il en fut ainsi pour le tableau du chœur. Un certain Félix Donadieu (avec un tel nom ! …) décidait de léguer 500 F à la Fabrique de St. Jacques en 1860. Le Conseil municipal décida d’affecter cette somme à la « Résurrection du Christ » peinte en 1857 par Pattriti, magnifique tableau que l’on voit au-dessus de l’autel.

 

 

Le tableau de la chapelle Sainte Marie est une remise du Rosaire par la vierge à St. Dominique. Les médaillons décrivent le mystère du Rosaire. Ils sont aujourd’hui au nombre de quatre : joyeux, douloureux, glorieux et les lumineux institués plus récemment par le pape Jean-Paul II. Comme le tableau est nettement antérieur, il n’en comporte que trois. Chaque mystère se récite un jour précis de la semaine, le dimanche et le samedi pour les glorieux, le lundi et le jeudi pour les joyeux, le mardi et le vendredi pour les douloureux, et le jeudi pour les lumineux.

 

On verra également un St. Paul très fidèle à la mémoire historique que l’on a du personnage, lui faisait pendant un St. Pierre, disparu, St. Michel terrassant le dragon. St. Jean Baptiste, une piéta et le portait d’un des anciens curés de l’église, l’abbé Maurin.

 

 

 

 

Pieta                                                                               Jean Maurin

Les sculptures (Ste Marie, St Joseph, etc) sont d’époques différentes. Elles méritent d’être observées, elles révèleront des détails qui échappent au regard trop rapide (comme les tableaux d’ailleurs).

On remarquera également la grande qualité de l’ébénisterie de l’autel (déplacé depuis la chapelle Sud), du confessionnal, des fonds baptismaux et de la chapelle Sud dédiée à St. Joseph. Le bénitier est en pierre de Serenne.

 

Totalement dépourvue de vitraux à l’origine, ceux de la rosace et de la façade Sud ont été réalisés récemment à l’initiative de l’association « St. Jacques en chemin ».

 

Paul Wagner, architecte
Association pour la protection et l’aménagement du vallon du Laverq
Société d’études des Hautes-Alpes

Sources Principales :

  • Recherches de Jean Reynier
  • Archives départementales 04
  • Archives diverses de l’association du Laverq
  • Mémoire de Pauline Brousse
  • Publications de l’association de l’abbaye de Boscodon
  • Compléments de Daniel Million-Rousseau
  • Relevés architecte

[1]Le tétragramme sacré est composé de 3 lettres hébraïques dont un est redoublé. La lecture se fait de droite à gauche. C’est le nom de Dieu pour les juifs et les chrétiens. La vocalisation s’est perdue, car l’alphabet hébreux ne comporte que des consonnes. La vocalisation se matérialise par des points ou des tirets placés au-dessus ou au-dessous des lettres. En caractères latins, on pourrait transcrire ainsi : Iod Hé Waw Hé. En Hébraïque, les lettres ont une signification : Iod signifie la main, attribuée au Père, le Waw est le pieu planté en terre, attribué au Fils, le Hé est le souffle attribué à l’Esprit, elle est doublée car l’Esprit procède à la fois du Père et du Fils. Ainsi, quand le chrétien fait le signe de croix, il trace sur son corps le nom de Dieu.
[2] BECHMANN Roland, Villard de Honnecourt, Picard 1991.
[3] Paume : largeur de la main, palme : 4 doigts, empan : du pouce au petit doigt, pied : le pied, coudée : longueur de l’avant-bras main tendue.

La canne, mesure de base ancienne en Provence est l’équivalent de 6 pieds, soit environ 1,95 m. On notera que le pied correspond sensiblement au pied anglo-saxon en usage aujourd’hui.

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