Le comptage des bouquetins

Laissons un peu les vieux papiers pour un bol d’air frais sur les cimes, à la rencontre de nouveaux habitants d’un genre particulier.

 

Depuis une quinzaine d’années il n’est pas rare d’apercevoir des bouquetins. Les mâles nonchalants et majestueux nous observent du haut des crêtes. Les randonneurs discrets et respectueux peuvent en rencontrer sur leur chemin. Absent depuis deux siècles de nos montagnes, le bouquetin a reconquis nos crêtes et les prairies d’altitude au printemps, mais aussi les lieux désormais inhabités.  Les grands mâles ne se défient plus seulement sur les rochers du Parc National du Mercantour, tels des seigneurs de la montagne ils étendent leur territoire. 

Pour parler d’eux les spécialistes de la biodiversité utilisent le même langage que les ethnologues : colonisation, population, individus. Ils surveillent la génétique de ces peuplements. Ils font des recensements. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que ces nouveaux habitants des Alpes du Sud cousinent avec ceux de toutes les vallées voisines. Toute similitude avec leurs anciens chasseurs n’est pas fortuite. Pour eux pas de frontière ni de limite départementale ou communale, leurs colonies se déplacent là où il fait bon vivre entre vallée du Var, Mercantour, Ubaye, Mont Viso… Ils ne craignent pas trop le loup, du fait de leur agilité, et sont bien protégés du braconnage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le massif de l’ESTROP qui surplombe le Vallon du Laverq on comptait 41 bouquetins en 2012, puis 104 en 2014 et 161 en 2017. Les bouquetins s’installent, on s’en félicite.

Un comptage a été organisé le 31 août 2019.

Avec 25 participants, 10 équipes ont été formées, composées chacune d’au moins un professionnel de l’environnement et de particuliers, observateurs bénévoles. Les équipes se répartissent des  itinéraires précis à partir des communes alentour, et il faut compter les animaux aperçus dans un même créneau horaire sur chaque circuit. On compte le nombre de mâles, de femelles et de cabris. Il peut y avoir un doute sur les jeunes mâles de moins de 2 ans qui ont encore des petites cornes, et il y a aussi quelques mères bien cornues, alors une dernière colonne recense « les indéterminés ».

 

Robert Chevallier

Photo : Robert Chevallier

Le résultat du comptage est très satisfaisant : 186 bouquetins au total, dont 76 mâles, 49 femelles, 30 cabris et 31 indéterminés. Évidemment il faudrait un plus grand nombre de femelles, on en avait dénombrées 50 en 2017, mais gageons sur les cabris et les indéterminés !

Le plus grand nombre de bouquetins a été observé sur le circuit La Mournière-Roche Close à partir de Méolans, on y a compté 41 bouquetins dont 24 mâles.

Puis encore 35 animaux sur le circuit Pic des Têtes-Puy de la Sèche et 15 sur l’itinéraire Laverq-Col de Vautreuil.

Une « chevrée » bien composée est observée vers la Grande Séolane, où 2 mâles sont recensés avec 14 femelles !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo Cabri dans la neige : Robert Chevallier

Seule l’équipe du Mourre-Gros n’a pas vu de bouquetins, ils n’étaient pas au rendez-vous, partis voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas aller s’y promener cet été, il y a de bonnes myrtilles.

Et si vous rencontrez ces nouveaux habitants, attention, respectez une distance de sécurité d’une vingtaine de mètres… pour ne pas les déranger. Encore un geste barrière à respecter.

Marie Christine