La vente des montagnes du Laverq

Avant la Révolution la montagne pastorale de La Blanche de Laverq appartenait aux confréries de pénitents de Méolans et du Laverq. Les pâturages et la cabane de Plan Bas étaient donnés en location par adjudication, et le loyer obtenu était partagé. La Confrérie du Saint Esprit de Méolans en percevait les trois quarts, la confrérie du Laverq un quart.

A la révolution toutes les confréries, de même que toutes les corporations ou autres institutions de l’ancien régime sont supprimées, leurs biens deviennent des biens nationaux et sont vendus au profit de la nation.

 

Hyacinthe TROUCHE juge de paix du Lauzet et Pierre DERBES notaire à Méolans sont chargés par le Directoire du district d’estimer la mise à prix des biens nationaux du Laverq.

Le 15 mai 1794 ils rédigent un procès verbal. Ayant pris toute information nécessaire, et après avoir parcouru et examiné la montagne, ils estiment que La Blanche peut produire un revenu net de charges et impôts de 300 livres par an.

 

Selon les textes en vigueur ce revenu multiplié par 22 donne la mise à prix de la vente aux enchères : 6600 livres. Ils ne précisent pas la surface de la montagne, mais désignent sa situation par de vagues « confronts » : le terroir de la commune d’Allos, de Prads et le terroir de la commune de Méolans (le bornage ne sera effectué qu’en 1839 après conflit). Les experts ne donnent aucun renseignement sur le boisement du vallon ou l’état de la cabane, et c’est bien dommage.

La Blanche sera vendue toute entière, sans le morcellement préconisé pour favoriser les petits paysans. Le système d’exploitation de la montagne ne changera pas : elle restera une vaste zone de pâturage dans laquelle les troupeaux se déplacent tout l’été.

La vente aux enchères et à la chandelle débute le 4 thermidor an II de la République (22 juillet 1794) à 8 heures, dans la salle de la société populaire à Barcelonnette, et se poursuivra sur plusieurs séances jusqu’au 17 aout 1794. En effet les enchères s’envolent, les soumissionnaires sont bien décidés à acheter.

De 6600 livres de mise à prix, à payer en assignats, on passe rapidement à 8000 livres avec François DERBEZ du Lauzet. Les paysans du Laverq abandonnent à 8500 livres pour Jean Joseph REYNAUD fu Jacques, et 25500 pour Jean ARNAUD.  Il était alors possible de payer en 10 annuités à 5 %, mais ils ne peuvent pas monter plus haut. La bourgeoisie de la vallée continue les surenchères.  

Les prix montent toujours : Jean Pierre BERAUD  et Joseph RICAUD de Barcelonnette, Jean Baptiste GASTINEL d’Uvernet poussent jusqu’à 30600 livres. A la fin de la 5ème chandelle la vente est adjugée pour 31000 livres à Antoine et Dominique frères JAUBERT, jeunes fils de Jean Baptiste, dit « Ville vieille », qui est notaire à Barcelonnette.

Ces acquéreurs ne sont pas sur place, ils sont représentés par le receveur du district : le citoyen CANTON. Tout deux se sont enrôlés, en effet Antoine JAUBERT est quartier maître dans le 4ème bataillon des Basses Alpes et son frère Dominique est capitaine des grenadiers dans le 1er bataillon.
Une brillante carrière les attend et ils ne reviendront pas à Barcelonnette.

 

La montagne de la Blanche sera rapidement revendue au citoyen PLAISAN de « Rocher Sec », nom révolutionnaire de la Condamine-Châtelard !!!  Citoyen qu’il est difficile d’identifier par manque de précision et grand risque d’homonymie. Dans le siècle qui suit, la montagne de La Blanche n’aura que deux autres propriétaires avant que l’état ne la rachète en 1892 : Désiré BOYER notaire et maire d’Allos puis Léon PLAISANT maire de Barcelonnette.

 

La Révolution aura aussi pour conséquence une autre perte pour les communautés de Méolans et Revel. Le 10 septembre 1808 ce sont les montagnes communales indivises de Gautier et Bernardès qui sont vendues.

Mais tout n’est pas perdu !!! Les habitants du hameau de Saint Barthélémy obtiennent l’autorisation d’y récupérer le fumier. Les affiches de la vente sont rectifiées à la main pour préciser leur droit, reconnu, ou obtenu, par quelque artifice juridique.

Les communautés de paroissiens, villageois ou « pénitents » transformées en une commune ont donc perdu une partie importante de leurs revenus annuels : l’arrentement des montagnes pastorales rapportait environ 800 livres par an, à se partager, mais n’avait pas empêché un déficit global de près de 10 000 livres pour la seule communauté de Méolans… Et déjà dès les années 1780 divers problèmes politiques, économiques et sociaux agitaient le village. La gestion de ce patrimoine de moins en moins « commun » était contestée…

 

Marie Christine

Affiche : Photo des archives départementales AHP  – 1Q84