La petite fiancée de 12 ans

Se trouvant en état de faiblesse, Maître Pascal ne peut plus travailler ses terres. S’il avait un fils il pourrait être secondé, ou même laisser sa place de chef de maison. Mais après deuils d’enfants et veuvages il ne lui reste qu’un petit garçon de 18 mois, Pierre le fils que lui a donné Jeanne Tron du Laverq et Magdeleine fille de sa première épouse Marie Gisle, de Costeplane au Lauzet.  Un mariage arrangé sera pour lui la meilleure des solutions. Le futur beau-fils choisi s’appelle Pierre Yvan, feu Jean Baptiste, du hameau du Villar au Lauzet. Son âge ne nous est pas connu mais il est majeur, donc a plus de 25 ans… C’est un cadet d’une modeste famille, certainement très content de pouvoir s’installer chez Maître Pascal.

Ainsi le 24 juillet 1704 notre notaire de Méolans se trouvait au Lauzet, dans la maison de Maître André Pascal feu Pierre pour rédiger un contrat de mariage. Le droit canon autorisait le mariage des filles à partir de 12 ans. Les témoins étaient des personnalités importantes : prêtres de Barcelonnette et du Lauzet, autres notaires et Sieurs docteurs en théologie et l’illustrissime juge de la vallée.

 

Dans ce contrat Magdeleine reçoit en dot tous les meubles et immeubles ainsi qu’une coquette somme. Le futur époux s’engage à tenir la maison et les terres, disposera de tous les outils de fer ou de bois, et outils de maréchalerie, encaissera les créances et disposera du linge et des provisions de grains. Les époux entretiendront le père et son fils Pierre, une chambre pourra être aménagée au besoin, avec réserve toutefois d’une cave à vin pour le père… L’acte contient aussi une clause tout à fait originale et intéressante : « une pension annuelle et perpétuelle de 15 écus employée pour l’entretien d’un maître d’école pour l’éducation de la jeunesse du présent lieu (Le Lauzet), par-dessus les 6 écus que la communauté paye annuellement pour le maître d’école ». Les époux promettent de se marier à l’église au premier requis de l’un ou de l’autre. Magdeleine signe mais ne jure pas à cause de sa minorité.

 

Les semaines passent, Pierre Yvan demande à plusieurs reprises le mariage, mais Magdeleine refuse à chaque fois.

Maître Pascal tombe malade, il va même jusqu’à Embrun pour se faire soigner, mais ne guérit pas. Le 3 novembre 1704 il teste en faveur de Magdeleine. Les futurs époux devront s’occuper du petit Pierre en nourrice chez Magdeleine Hermelin fu Jean, dont les soins seront surveillés par le Sieur Moderne Curé Sicard.  Les oncles maternels de Magdeleine seront ses tuteurs.

Et Magdeleine refuse toujours la cérémonie : pas de mariage, il faut se résoudre à l’annulation du contrat de mariage. On fait les comptes, Pierre Yvan n’aura eu que des frais et du travail pour les récoltes. Il a même payé un repas de fiançailles chez la mère Tiran, montant certifié par le livre de raison de ce cabaret… Les tuteurs l’indemnisent et on signe l’annulation.

 

Pierre Yvan retourne au Villar chez son frère, redevient un travailleur de la terre. Il lègue 25 ans plus tard une très modeste somme au profit de ses neveux, il n’a pas d’enfant.

Magdeleine, ou plutôt Magdelon, « non subordonnée et ainsi qu’il lui plaît », donnera ses terres en 1715 à son oncle maternel, en reconnaissance de ses obligations et au regard du soin qu’il a eu de son éducation, biens et entretien dans la maison et autres services qu’il lui a rendu depuis la mort de son père… Elle épousera un notaire de Revel, Jean Baptiste Honnoré, mais à plus de 22 ans…

Sources: Archives Départementales des AHP, registres 2E 12170,173 et 174, d’après les notes et transcriptions d’Alain J. que nous remercions.

Illustration: huile de Jean Baptiste Greuze, Jeune fille à la poupée, musée de St Petersbourg.

Marie Christine 

 

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