La dot d’Anne Derbes

Anne était déjà confortablement dotée par son père Jean Derbes Paradis avant même sa naissance, estimée vers 1737. Son demi-frère ainé Joseph Derbes avait été chargé de lui verser 300 livres à son mariage, ou à l’âge de 25 ans. C’était l’une des contreparties de la donation des biens de son père situés au hameau des Clots à Revel. (1)

Après l’installation de son fils ainé, Jean Paradis a encore enrichi son patrimoine, notamment par héritage de l’un de ses frères, de son fils Jean Ange et même de sa deuxième femme Marie Trouche, la mère d’Anne… il a aussi fait des acquisitions et s’est installé à Chaudon. Si bien qu’en 1750, quand son cadet Jean Baptiste se marie avec Anne Marie Tron, il fait encore une donation, donation avec conditions bien sûr.

                                                                    le hameau de Chaudon

Jean Baptiste Derbes devra verser à Anne 500 livres à titre de dot mais aussi d’héritage de sa mère, une belle somme qui s’ajoute aux 300 livres de Joseph. Anne recevra 50 livres en meubles et 450 en annuités, dès son mariage ou ses 25 ans. D’ici là il faudra aussi lui fournir « son entretien de vivres et habits ». Et si le père décède et qu’Anne n’est pas mariée et veut se séparer de son demi-frère « elle jouira sa vie durant, ou jusqu’à qu’elle soit mariée, de la chambre que le dit Jean s’est réservée, d’un lit garni de paillasse et couverts nécessaires, de 4 linceuls 2 neufs et 2 mi-usés, d’un petit pot à feu, d’un petit chauderon, une cramelière, une écuelle d’étain,2 petites nappes et 2 serviettes. Elle jouira encore d’un coin de jardin qui est au devant de la maison et de celuy que le dit Jean a défriché, et d’un clapier qui se trouve séparé de l’autre jardin par un petit viol (chemin) »

 Anne se marie, en 1755 elle épouse Jean Baptiste Reynaud, jeune veuf, fils de Dominique ménager du Laverq et qui se destine à la profession de notaire. Les époux vont habiter aux Reynauds.

« L’accordée de village » le père donne sa fille en mariage et le notaire rédige un acte

Selon la formule de l’époque : la dot est le propre patrimoine des femmes au moyen de quoi les charges du ménage sont plus facilement supportées. Jean Baptiste Reynaud devient « procureur spécial, général et irrévocable » pour le recouvrement et l’acquittement des 800 livres d’Anne Derbes.

Alors on se dit que ce ménage a eu bien des facilités pour s’installer !

Mais pas si sûr : un acte notarié du 23 juillet 1786 nous révèle que Jean Baptiste Derbes n’a pas encore payé sa part en 1786 ! Il avait bien donné les 50 livres en meubles en 1755, mais il est toujours débiteur des autres 450 livres, depuis 30 ans et 6 mois. Il se trouve dans l’obligation de céder des terres à son beau frère.

Le compte est exorbitant, il n’y a pas que la dot, le notaire qui rédige l’acte fait l’addition des dettes envers Jean Baptiste Reynaud :

– 450 livres de reste de constitution dotale

– 686 livres 5 sols d’intérêts de retard pour 30 ans et 6 mois

–  50 livres de frais de justice

–  95 livres en remboursement d’avances sur impôts 1769 à 1773

– 140 livres 19 sols de dépenses de justice engagées par JB Reynaud sur procuration de son beau frère pour un procès à Aix contre les époux Blanc de Chaudon

–  43 livres 15 sols de frais d’enregistrement de l’acte

Soit en tout 1465 livres 19 sols  (20 sols font 1 livre). C’est une grosse somme pour l’époque.

Jean Baptiste Derbes vend à son beau-frère des parcelles de terre pour 1465 livres 19 sols, sans en percevoir le prix. Deux mois plus tard Jean Baptiste Reynaud  revend à la famille Trouche de Chaudon pour solder sa propre dette envers Dame Veuve Arnaud, l’héritière du notaire Maître Honorat, mais ça c’est une autre histoire…

            Signatures Anne Derbes et famille

Jean Derbes Paradis avait-il surestimé sa donation ? Il ne pouvait prévoir la misère grandissante des paysans dans la deuxième moitié du 18ème siècle.

De cette longue histoire de dot on retiendra la patience des époux Reynaud jusqu’en 1786, qui ne semblent pas fâchés outre mesure : on retrouve les beaux frères ensemble au mariage de neveux, ils échangent procuration en 1783… 

On retiendra aussi l’attention portée par Jean Derbes Paradis à sa fille Anne. Mais qu’avait-il fait de l’héritage de Marie Trouche? Dans la dot d’Anne il y avait quand même 300 livres d’héritage de sa mère…

 

 

                                   « l’amour paternel »

 

(1) voir un précédent article « Jean Derbes dit Paradis de Revel »

sources AD04 Revel 2E 19809 folio 303,  Méolans 2E 12184 folio 228 et 2E 12191 folio 169

illustrations : L’accordée de village, 1761, huile de Jean Baptiste Greuze, Musée du Louvre

L’amour paternel, 1775, huile d’Etienne Aubry, Barber Institute of Fine Arts, Birmingham.

Marie Christine  

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