La cabane restaurée de Plan Bas

296 années vouées au pastoralisme, à la restauration de la forêt et une nouvelle vie pour l’accueil des randonneurs pris par le mauvais temps

Un peu d’histoire

Cette cabane a été construite en 1724 par les deux confréries (associations de paroissiens à vocation religieuse mais aussi sociale et économique) de la commune de Méolans.

 

 

Celle des pénitents blancs du Laverq et celle du saint -Esprit de Méolans, qui géraient après le départ des moines du Laverq leurs biens, ceux de l’église ou des communes.

 

Par acte devant notaire le 19 mai 1704 les 2 confréries s’engagent, à construire une cabane pour le berger, et pour les fromages qu’il fera, mais comment faire une cabane en 1 mois !!, elle sera faite 20 ans plus tard !!

 

 

En atteste la pierre de voute de la cabane retrouvée sous la voute de la cave (écroulée dans les années 1976) et qui a été posée en linteau de cheminée. Le christogramme et le « ave maria » indiquent bien son inspiration religieuse.

Cette cabane de Plan Bas a abrité des générations de bergers

Le surpâturage et la surexploitation de la forêt, combinés à un climat méditerranéen ont entraîné, au fil des siècles, la disparition du couvert boisé et une très forte érosion sur les reliefs. Vers 1870, dans le vallon, il ne restait plus que de petits massifs boisés, quelques bosquets, des arbres isolés, des terres nues sur les pentes et des terres arables sur les replats.

Les photos du RTM de la fin du XIX ème siècle montrent la forêt du Laverq très parsemées.

La loi du 4 avril 1882 et le décret du 11 juillet initient une grande politique de Restauration des Terrains en Montagne.

De 1892 à 2015

Par acte du 22 juin 1892, l’Etat acquiert, à l’amiable, à M. Plaisant Léon, (Maire de Barcelonnette) le massif de La Blanche ou Montagne Pastorale de Valneige d’une surface de 1316,29 ha.

Aussitôt l’administration des Eaux et Forêts construit en 2 ans 2 grands bâtiments de 25×8 mètres de part et d’autre de la cabane pastorale de Plan Bas l’un pour le garde forestier et sa famille au nord et un autre au sud pour le logement des ouvrier (il est depuis longtemps en ruine), la cabane pastorale sert alors de logement au surveillant et de magasin à vivres pour les ouvriers.

Un câble aérien avait été construit au dessus de la maison forestière pour le transport des bois de chauffage nécessaire aux baraquements. Ce bois était pris sur le plateau situé au dessus des rochers où existait une quantité de bois morts, de souches énormes de mélèze et cembro qui pourrissent sur place (avalanche ?)

Une vingtaine de personnes ont travaillé en permanence, établissant des pépinières forestières et en 20 ans replanté 1 million et demi de plans d’espèces locales : Mélèze, pins à crochets et cembro adaptés à ce milieu.

La guerre de 14 _18 met fin à cette dynamique mais la forêt regagne peu à peu du terrain et aujourd’hui on reconnait difficilement les paysages photographiés par le RTM en 1892-1894 et 1928.

Les troupeaux reviennent sur site mais sous l’œil vigilant des forestiers

C’est maintenant l’ONF gestionnaire de ces terrains domaniaux qui gère terrains et bâtiments.

Une piste est tracée en 1978 et des travaux de maçonnerie sont entrepris pour restaurer la cabane pastorale, le linteau en pierre de la cave voutée étant tombé il est remplacé par un linteau bois surmonté d’une armature en fers tors, un recrépissage partiel est alors entrepris.

Durant de nombreuses années les ouvriers forestiers du secteur du Lauzet entretiennent les sentiers et les 2 bâtiments.

Une source est captée en 1980, la toiture de la cabane a été refaite en 1982 et une reprise des crépis de la maison forestière est engagée en 1983 et 1984.

Sur cet espace l’ONF crée la Réserve Biologique du Laverq par arrêté ministériel en date du 16 février 1982, sur une surface de 1331 ha.

Après 2016, la restauration de la cabane pastorale par l’association du Laverq et la Commune

Mais en 2016 la cheminée menace de s’écrouler elle est dans un piètre état, si elle n’est pas consolidée rapidement elle va s’écrouler et entrainer de grosses infiltrations d’eau et à terme la ruine de ce bâtiment.

De concert la commune de Méolans Revel et l’association de protection et d’aménagement du Laverq sollicitent les responsables de l’ONF pour convenir d’une convention pour sauvegarder ce bâtiment riche d’histoire.

La commune s’engageant à fournir et amener les matériaux, l’association à les mettre en œuvre.

 

La convention sera signée le 17 octobre 2017 (pour 9 ans), mais dès septembre l’ONF avait missionné un artisan pour consolider et tuber la cheminée.

Dans la foulée l’association avait mobilisé ses adhérents compétents en charpente et en maçonnerie et mi octobre le pan est de la toiture brillait d’un bardeau nouveau (payé par la commune) et une nouvelle cheminée bien restaurée défiait de nouveau les siècles à venir. Le bâtiment était sauvé.

Il est bien convenu entre les parties que la cabane restaurée servira de point d’accueil du public et éventuellement d’abri sommaire en cas d’intempérie, elle n’a pas vocation à devenir un refuge.

 

Les travaux se sont poursuivis en 2018, essentiellement par la création de 2 drains sud et nord pour éviter les infiltrations au niveau de la voute, par le remplacement devant la cheminée du plancher par un dallage pierres et par la mise en place du linteau de 1724 en appareillage sur la cheminée.

De même la source a été retrouvée et protégée.

Grace à une équipe de 6 compagnons scouts, bien encadrés par les adhérents, la toiture est a pu être prolongée pour accueillir un bucher et une toilette sèche.

En 2019 des travaux intérieurs ont permis de reprendre toutes les grosses fissures des murs intérieurs et de passer des peintures spéciales sur les plafonds et les murs noircis par près de 3 siècles de fumée. Les toilettes sèches ont été terminées et le bucher rempli de bois morts pris dans le torrent. A l’est de la cabane un espace a été dégagé de ses grosses pierres pour installer une belle table en bois massif restaurée par un adhérent.

 

Il restait des finitions à réaliser en 2020, réparation de la porte, construction d’une armoire de rangement étanche au souris, étagères, rafistolage du bas flancs, nettoyage de la cave et diverses finitions ce fut fait le 24 août.

Deux panneaux d’information ont été conçus entre les 3 partenaires et réalisés par l’ONF, puis posés par les adhérents en 2020, la dépense étant partagée en 3. Ils commentent l’action de restauration de la montagne sur ce vallon et la sauvegarde de la cabane pastorale.

La cabane peut désormais accueillir les randonneurs et visiteurs pris par le mauvais temps. Elle est sous la responsabilité des utilisateurs de cet espace. Ils auront à cœur de le maintenir dans un bon état et de le garder accueillant, pour tous ceux qui passeront en ces lieux reposants.

Prochainement un cahier qui retracera son histoire et sa restauration sera élaboré et mis à la disposition des visiteurs ainsi qu’un livre d’or.

Bien sur, l’agent ONF et les adhérents de passage à Plan Bas auront à cœur de veiller à son bon entretien et à ce qu’elle garde sa propreté et sa vocation actuelle, accueillir, faire connaitre.

 

Bilan des jours travaillés

En 2017 : 32 journées hommes avec 15 adhérents différents

En 2018 : 63 journées homme dont 36 journées (6 scouts) et 21 adhérents différents

En 2019 : 22 journées homme avec 14 adhérents différents

En 2020 : 11 journées hommes avec 5 adhérents différents

Il faut rajouter 3 journées des employés de la commune

Soit au total plus de 130 journées hommes concernant 35 adhérents différents, 6 scouts et 3 employés municipaux.

 

L’inauguration du vendredi 28 août 2020

Répondant à l’appel de Lucien TRON (Président) et de Daniel MILLION ROUSSEAU (Maire), une trentaine de personnes, âgées de 4 à 90 ans, ont pu se rendre sur place dès le matin en un joyeux cortège. « La distanciation sociale fut bien respectée : les plus sportifs en avant, d’autres un peu plus loin à l’arrière, chacun à son rythme mais tous très motivés, et cela malgré les prévisions météo : pluie assurée en début d’après midi…

 

Les 3 acteurs de la rénovation, à savoir l’ONF, la Mairie de Méolans-Revel et l’Association étaient présents en la personne de Mrs : Benoît LOUSSIER, Directeur de l’Agence territoriale ONF des Alpes-de-Haute-Provence, Daniel MILLION ROUSSEAU, Maire de Méolans Revel et de Lucien TRON, Président de l’association de protection et d’aménagement du vallon du laverq.

Après une visite commentée des travaux réalisées en 4 ans sur cette cabane, les participants se sont regroupés devant les 2 panneaux apposés sur l’ancienne maison forestière.

_   Mr Benoît LOUSSIER. (Directeur ONF des AHP) a évoqué l’émotion suscitée par ce lieu emblématique de l’histoire du reboisement et rendu hommage à ses prédécesseurs, au travail des hommes qui ont planté 1 million 500 000 arbres. Il a également exprimé ses félicitations pour la qualité de la restauration de la cabane, et la parfaite intégration du bâtiment rénové dans le site. En terminant par l’évocation du plan de gestion de la réserve biologique, qui arrive à échéance mais qui sera renouvelé et enrichi en concertation avec la commune.

_    Mr le Maire remercie l’association pour cette restauration et salut ce partenariat constructif ;

_    Mr Lucien Tron : Rappelle l’ancienneté de la cabane, son histoire.

Il remercie Alain Castan ancien directeur départemental 04 d’avoir favorisé et signé cette convention et tous ces forestiers et ouvriers qui ont travaillé sur cet espace.

Puis il évoque son état vétuste et tous les travaux réalisés ces 4 dernières années avec 35 adhérents différents, 6 scouts et 3 employés municipaux. Plus de 130 journées de travail, de passions de bonne humeur et de partage.

Quand on se met tous ensemble on arrive à faire des choses, on bouge les montagnes.

 

Il conclut : Que les générations futures poursuivent ces devoirs de mémoire et de travail pour garder à ce bâtiment et aux lieux préservés qui l’entourent son caractère et sa quiétude.

Et après les applaudissements, grâce à la parfaite organisation de la famille Silve et Carpentier, l’inauguration prend des allures de fête champêtre.

Le rougail-saucisse, est servi bien chaud et régale les convives. On déguste fromages et faisselles des fromagerie de l’Ubaye et des Clarionds avec le coulis de framboise concocté par Vincent Silve

…. Vin, café chaud, et même la petite goutte de digestif offerte par Christian et Daniel, agrémente un festin bien peu ordinaire en ce lieu avec tous ces produits locaux !

Les échanges vont bon train, retrouvailles ou heureuses rencontres animent ce moment convivial et joyeux.

Avec attention et émotion on écoute Michel, notre doyen, lire ses souvenirs en ce lieu, texte qu’il a rédigé sous forme de poème.

Mais une averse nous chasse vers 14 heures, sinon nous serions bien restés encore un peu. Nous pouvons tous rejoindre l’Abbaye avant les grosses pluies, avec le souvenir d’une belle journée.

Partager l'article sur Facebook