Honoré LEAUTIER choisi soldat

Honoré LEAUTIER est né vers 1674.

Son père « Spirit » (Esprit) était originaire d’une grande famille LEAUTIER, propriétaire au hameau de Miraval sur les hauteurs ensoleillées de la commune des Thuiles : « Théoles, ou Théoules » autrefois dépendante de Barcelonnette.
Le notaire de Méolans écrit LEAUTIER, celui de Revel LAUTIER et Honoré signe LEUTIER…

 

Chazal

Esprit, le père, avait épousé le 25/05/1666 Marie GISLE du hameau de Saint Barthélémy à Méolans et le couple s’y était installé, Marie ayant hérité de quelques biens de ses parents Jacques et Honorade « GISLE », forme ancienne du nom Gilly.

A 27 ans, le 12/02/1701, Honoré veut s’installer à St Barthélémy puisqu’il y achète une terre au quartier de Grisonnières, vers le col de Bernardez. C’est un pré dénommé « pré grand et plane ». Il achète aussi un « chazal » : grenier de montagne, avec une autre parcelle à cultiver.

 

 

Le jeune homme ne pourra pas s’installer, il est « choisi soldat ».

Désigné d’office par le Conseil de Communauté il fait partie des levées d’hommes de troupe. Le Duc de Savoie, souverain de la vallée, s’inspirant de l’histoire biblique de Moïse aurait déclaré : « Je frapperai les rochers de mon pays et il en sortira des hommes ». La mobilisation est obligatoire et illimitée : on part au mieux pour la guerre (mais il y en a tout le temps, ça dure) ou jusqu’à la réforme, (si l’on n’est pas mort avant).

Drapeau du régiment de Nice

 

 

 

 

Honoré est affecté au Régiment de Nice.

 

 

 

 

 

Ce Régiment de Nice est un peu particulier. C’est un régiment Franco-Savoyard. Le Duc de Savoie est tantôt allié de Louis XIV, tantôt en guerre contre lui.

A cette date précise ils sont « alliés ». En fait Louis XIV occupe la vallée de Barcelonnette.

Le régiment de Nice a été formé dès 1691 de troupes savoyardes, piémontaises, françaises et autres mercenaires, par le Marquis De Ferrero de Saint Laurent (Saint Laurent du Var, 06).

Celui-ci avait fait allégeance au Roi de France avec quelques notables Niçois pour éviter le sac de Nice. Son régiment a compté jusqu’à 12 compagnies de 100 hommes et doit partir combattre en Flandres, Meuse et Moselle, en 1702 il sera en Allemagne.

Mais les problèmes s’accumulent.  Une lettre du Marquis de Ferrero à Louis XIV résume la situation en décembre 1701 :

« Monseigneur, je prends la liberté de vous présenter l’état de mon régiment.
Il a perdu 200 hommes la campagne dernière, par les désertions… J’ai recours à vos bontés, Monseigneur, pour vous supplier très humblement que le Régiment de Nice soit payé sur le pied complet… jusqu’à ce qu’il soit complet. Par ce moyen je serai en état de payer les recrues et les officiers, réparer mes pertes et faire les frais du régiment…. » (1)

Mais à cette date Louis XIV ne peut plus se permettre d’être généreux, ni même de payer son armée comme il se doit. On devine les conditions de vie des soldats, qui se retrouveront même un jour sous le commandement du jeune fils du marquis, âgé de 14 ans, avant que ce jeune garçon ne soit tué sur le champ de bataille…Et bientôt l’alliance France Savoie est rompue…les deux états redeviennent ennemis de guerre. C’est la guerre de succession d’Espagne. Honoré a-t-il été entraîné jusque dans le nord, dans les Pays Bas ?

 

Une chose est sûre, il ne reste pas dans ce régiment.

Alors la communauté de Méolans reçoit le 13 Avril 1702 un avis des autorités de Barcelonnette : c’est elle qui doit payer 6 pistoles d’Espagne pour son « relèvement », puis le 23 Septembre 1702, 60 livres ducales qui sont dues pour son uniforme, c’est beaucoup. Il n’est pas le seul à avoir quitté ce régiment, les autres communes de la vallée sont aussi taxées pour leurs « choisis soldats» devenus « déserteurs » de Savoie. En 1705 le Régiment de Nice connaît de si graves difficultés d’enrôlement que le Marquis qui a choisi le camp de Louis XIV veut engager des prisonniers de guerre Savoyards, mais le roi s’y oppose…

Honoré ne peut pas, ou ne veut pas, rentrer à Méolans. La communauté confisque ses biens pour se dédommager de ses dépenses et d’autres jeunes seront « choisis soldats », avec plus ou moins de chance…

Honoré est parti « pour de longues années en pays étranger ». 

 

Pendant l’absence d’Honoré, son frère Jean s’est marié en 1702 avec Anne ESMIEU,  et a eu une fille prénommée Marguerite. Hélas Jean décède en 1709, après avoir fait un testament en faveur d’Honoré « s’il est encore en vie ». Leurs parents sont décédés, le père vers 1706. Dans la maison familiale de St Barthélémy ne restent que sa sœur, qui s’appelle aussi Marguerite, sa belle sœur et sa nièce.

 

Nous retrouvons Honoré le 13 Octobre 1710 chez le notaire de Méolans. Bonne nouvelle, il achète une parcelle de terre : il a donc la possibilité de revenir et de disposer d’un patrimoine. Il signe un contrat de mariage  le 27 Octobre 1710 avec Anne Marie CLARIOND, une jeune veuve sans enfants, originaire du hameau des Tarroux. Le couple s’installe à Saint Barthélémy. Marguerite sœur d’Honoré cède sa part de meubles et immeubles. Il doit également s’occuper de sa jeune nièce et de sa belle sœur qui récupère sa dot et quelques parcelles de terre. Honoré redevient un modeste agriculteur de St Barthélémy et aura trois fils : Antoine, Hyacinthe et Jean Baptiste.

Vue du col de Bernardès

 

Le 29 Janvier 1715  Honoré  expose aux consuls de la Communauté de Méolans  « qu’il serait bien aise de rentrer en possession d’un fait de biens situé à Grisonnières et d’un pré à Pra Grand dont la communauté a joui depuis 1702 ». Le Conseil délibère et lui restitue les biens qui avaient été confisqués pour un prix qualifié de très favorable : 40 écus, qu’il payera en 4 annuités sans intérêts.

 

 

 

Suivent quelques années de dur labeur d’agriculteur à Méolans, qui ne suffit pas à faire vivre la maisonnée. Alors Honoré est aussi « scieur de bois » et pour cela il se déplace.

C’est ainsi que l’on retrouve son décès à Saint Paul Lès Durance le 24 février 1724, à l’âge de 50 ans. Une maigre succession est partagée entre sa femme, ses enfants sous tutelle de leur oncle maternel, sa sœur, toujours célibataire, sa nièce et sa belle sœur restée veuve non remariée…

Quelques années plus tard, toujours des guerres et des enrôlements : les deux fils Hyacinthe et Jean Baptiste sont « morts au service du Roi ». C’est Antoine Leautier qui reprendra l’exploitation et aura une nombreuse descendance. La nièce Marguerite Leautier, partie vivre chez son oncle Esmieu, n’aura pas de descendance, en 1753 elle est dite « infirme ».

Marie Christine

(1) revue Nice Historique , numérisée AD Alpes Maritimes, n°168

Photos : Lucien
Aquarelle : Nathalie Duval