Histoire du diocèse d’Embrun

Abbé Albert – 1783 – Tome II – Pages 420 à 422

LE LAVERC

AlbertLe Laverc, paroisse de la vallée de Barcelonnette située dans un vallon ou plutôt dans une gorge fort étroite, entre des montagnes. Elle est au midi de Méolans & en est éloigné d’une lieue et demi.

On y compte soixante neuf familles qui comportent trois cent sept personnes ; Les habitants y sont dispersés en différents hameaux, dont le moindre est le chef lieu qu’on appelle l’Abbaye, où il n’y a que l’église paroissiale, la maison curiale, la chapelle des pénitents(1) & un seul habitant. Les autres hameaux sont plus ou moins éloignés de l’église paroissiale ; Celui qu’on appelle le Duc en est assez près, celui du château en est éloigné d’un quart de lieu, & celui des Vies(2) , d’une demi lieue & ainsi des autres.

On dit que le nom du Laverc vient d’un lac qu’il y avoit & qui a été desséché dans l’endroit où il y a actuellement une petite plaine.

Le pays en général n’a rien d’agréable, il est extrêmement froid & abonde beaucoup en neige pendant l’hiver. Les avenues en sont très difficiles ; Les étrangers qui voyagent dans la vallée de Barcelonette auroient peine d’en trouver l’entrée si on ne leur faisoit observer qu’il faut la prendre sur la droite en allant du Lauzet à Méolans à un petit hameau qu’on nomme le Martinet. Les montagnes du Laverc & du village de S. Barthélémy confinent vers le couchant avec les montagnes de la communauté de Seyne, & il y a entre elles une communication par le col de Bernardese, ce qui abrège beaucoup le chemin, qu’on seroit obligé de faire en passant par S. Vincent & le Lauzet.

L’église paroissiale est sous le titre de S. Antoine abbé, dont la fête se célèbre le 17 janvier. On croit qu’elle a été érigée en paroisse vers l’an 1400, lorsque le Laverc fut démembré de la paroisse de Méolans, à laquelle il avoit toujours été uni. Il y a eu auprès de cette église, un monastère de religieux bénédictins dépendans de l’abbaye de Boscodon. Guigues de Revel second abbé de Boscodon, qui vivoit vers le milieu du XIIe siècle, voyant augmenter de jour en jour le nombre de ses religieux, fut contraint pour décharger son monastère d’en envoyer quelques-uns à Lure dans le diocèse de Sisteron, & quelques autres dans la vallée de Barcelonette. Noble Ursel avec les enfants de Gaudemar & de Godefroy de Volone, leur donnèrent le Laverc(3) où ils jetèrent les fondemens d’un monastère & d’un noviciat(4) pour former les jeunes religieux. Ce monastère devînt peu à peu si considérable qu’on en fit une abbaye, laquelle a toujours été dépendante de celle de Boscodon. Il y a toujours eu des religieux jusques sur la fin du XVIe siècle, qu’ils quittèrent le pays après y avoir vendu leurs biens, & retournèrent se joindre aux autres religieux de Boscodon. Le hameau où l’église du Laverc fut construite, s’appelle encore aujourd’hui l’abbaye ou l’abbeji, ce qui est une preuve de ce que l’on vient de dire. Noble Claude de Matty étoit prieur du Laverc en 1450.

Quoique le Laverc se soit séparé de Méolans, par rapport à la paroisse, il est encore uni avec lui par rapport à la communauté, & il a alternativement dans son district le baile & un consul.

Récapitulation des familles & des personnes de Laverc.

On compte à l’Abbaye une famille, au Duc 17, aux Vies 5, au château 5, aux Esmeries 3, au Pied des Pras 14, aux Clariond 13, à un autre hameau 12.
Total 69 familles(5) , 307 personnes.

 

(1)L’abbé Albert distingue l’église paroissiale et la chapelle des pénitents au hameau de l’Abbaye. Où se situe cette chapelle ?

(2)Les Viès (ou vias, les routes). Au fils des années ce nom semble s’être transformé en « Les Viels » et tout naturellement ensuite en « Les Vieux ».
(3)Preuve que le Laverc existait avant l’arrivée des moines de Boscodon.
(4)Probablement une explication au nombre important de prêtres que le Laverc a fourni au cours des siècles et donc des nombreuses personnes lettrées de ce hameau.
(5)70 si l’on fait la somme des familles de chaque hameau.