Des propos qui coutent cher

La location des montagnes pastorales était une affaire sérieuse et capitale pour la communauté, elle se faisait sous forme d’adjudication strictement règlementée et encadrée. Il est arrivé que l’arrentement soit conclu directement en conseil de communauté avec tous les participants votant à main levée, mais le plus souvent les consuls et quelques conseillers étaient « députés » pour conclure avec les bailes bergers transhumants. Les élus locaux veillaient ensuite à l’application de toutes les dispositions légales et contractuelles encadrant la transhumance.

 Pour les montagnes indivises de Méolans et Revel il fallait donc un minimum de consensus et de confiance entre les deux communautés. Antoine AMAVET, le fils de Joseph, qui habitait au hameau de l’Abbaye, l’aura appris à ses dépens en 1742. Le voilà en procès avec quatre personnalités de Revel, et l’affaire ne relève plus du juge local, mais du Parlement de Provence à Aix, autant dire de gros ennuis en perspective.

Pierre Antoine CHALVET, Joseph ROUX, Jacques COLOMB et Joseph BERBEYER, membres du conseil de Revel, le poursuivent « au sujet de l’imputation faite envers eux d’avoir exigé, indépendamment des droits de pâturage, 18 livres par derrière et à l’insu des consuls de Méolans, qui ne forment ensemble (avec Revel) qu’une juridiction pour ce qui concerne la police des sieurs bailes bergers provençaux ».

 Ces « dires » ont donné lieu à une enquête « des gens du Roy », sans suite pour le délit de prévarication, mais Antoine AMAVET a été reconnu comme l’auteur de ces « dires ». Pour cette année 1742 il avait été nommé « auditeur des comptes » au conseil de Méolans, ce qui devait aggraver l’importance de la rumeur. L’air de la calomnie allait crescendo. Le préfet de Barcelonnette avait rapidement rendu une ordonnance pour ouvrir une procédure.

Alors pour se sortir de ce mauvais pas il restait une solution : un acte de paix, une conciliation entre les parties avant procès, devant notaire. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Pour cette affaire il nous reste un acte notarié en date du 3/06/1742 intitulé Désistement de plainte… 

Antoine AMAVET reconnait qu’il n’avait promulgué ces paroles que par ouï-dire, sans fondement, désormais « il en assure le contraire » et souhaite faire réparation. Les plaignants acceptent et retirent leur plainte. AMAVET leur remboursera 40 livres de dépens, paiera les frais d’acte. On ne parle pas de dommages et intérêts. C’est une grosse somme pour un ménager, cette année-là les montagnes indivises de Bernardez, Gautier et Vautreuil étaient louées pour 630 livres 18 sols et demi, à partager entre Méolans et Revel.

Quelques renseignements pour situer les protagonistes :

Antoine AMAVET du Laverq ( L’Abbaye 1698-1769) fils de Joseph (mort en 1745), et de Suzanne Honnoré, époux de Anne Marie Reynaud.

Pierre Antoine CHALVET notaire de Revel, (1708/1768) fils du notaire Jean Baptiste, époux de Marguerite Donnadieu. Il était « greffier » de la communauté de Revel.

Joseph ROUX (ou ROUS), de Rioclar, consul de Revel en 1741, fils de Gabriel, époux de Marguerite Berbeyer fille de Jean.

Jacques COLOMB (ou COLLOMB) du hameau de Battalier, (1698-1763), ex-consul de Revel, fils de Jean, marié en 1719 à Anne Martelly fille d’Antoine.

Joseph BERBEYER, (ou BERBEIER) du hameau de Fortunel à coté de Romeyère, fils de Joseph et Anne Marie Trouche qui s’étaient mariés en 1694. En 1738 il avait épousé Suzanne Collomb fille d’Antoine, et pris la succession de son père. Il était « défenseur » au conseil de Revel, en quelque sorte adjoint au consul.

Marie Christine

Sources et photo des signatures : acte de notaire, Archives départementales des Alpes de Haute Provence, cote 2E12179 307V

https://www.laverq.net/genealogie/actes/desistement-de-plainte-entre-les-srs-pierre-antoine-chalvet-joseph-roux-fu-gabriel/11559/

photo d’alpage : Archives Départementales des Hautes Alpes cote 7FI 00968

 

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