Derniers habitants

Il ne reste plus personne au hameau des Vieux, tout en haut du Laverq, à 2 km de l’Abbaye. Seules quelques pierres et des bardeaux de mélèze abandonnés rappellent qu’il y a eu des maisons autrefois. Les chemins s’effacent, on ne passe plus par là, pourtant il parait que le lieu s’est appelé « les routes » du latin Viae, on y passait quand on allait vers le sud. Ce hameau qui comptait 5 maisons alignées sur un promontoire est devenu au fil des siècles les Viès, les Vielhs (1652), les Viels (1744), puis les Vieils (1808), finalement francisé en Les Vieux.

Les ruines du hameau des Vieux en 2007

Il y avait du monde, en 1891 encore 4 maisons occupées, au total 28 personnes. Mais à la génération suivante tous sont partis et en 1926 le hameau est déserté.

Une famille Reynaud possédait la plus grande maison dénommée La Barre : la maison n°195 du cadastre dit napoléonien, avec un petit jardin, un four à pain bâti au-devant, une dépendance agricole à l’arrière et quelques prés ; une futaie au Fanguet complétait l’exploitation, ainsi qu’une part de rotoir à l’Abbaye, pour rouir du chanvre.

Le plan cadastral en 1812, à gauche le « Chateau », à droite les « Vieux ». on remarque la disposition des bâtiments tous mitoyens, les maisons d’habitation à l’avant et les dépendances à l’arrière, côté montagne. Le ravin du Château sépare les 2 hameaux.

C’était des Reynauds de la branche surnommée « Gayon », au 19ème siècle Louis Versi Reynaud en est l’héritier et le chef de famille. En fait il avait été prénommé Louis Versin par son père, lorsqu’il l’a déclaré à l’état civil en 1808. Drôle de prénom, bien original si ce n’est unique ! Au fil du temps il devient Versi tout simplement. En 1840 il épouse Marie Brigitte Gilly, avec qui il aura 14 enfants, 7 garçons et 7 filles, et donc une grande et belle descendance. Son fils Louis Désiré prend la relève vers 1875, il s’est marié à Allos, juste de l’autre côté de la montagne avec Placide Félicité Pellat. Encore 5 enfants naissent aux Vieux, 3 filles et 2 garçons, dont Alphonse César né en 1878 qui sera le dernier exploitant. Après quelques années passées à Marseille où il était cordonnier, Alphonse doit revenir au Laverq et remplacer son père décédé en 1904.

 

 

 

Louis Versi Reynaud, une des plus vieilles photos de famille du Laverq 

 

Marie Césarine Emilie , 2ème fille de Versi née en 1842 et son mari Hilaire Reynaud

 

 

 

 

 

                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eulalie, la plus jeune fille de Versi, née en 1862 et mariée avec Etienne Roux de Mariaud

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Césarine née en 1855

Pélagie née en 1857

 

 

Ces 2 filles de Versi se marient avec des fils Michel de la Foux d’Allos. Pélagie sera l’une des dernières habitantes de la plus haute ferme de la Sestrière.

 

 

 

 

 

 

En 1921 au hameau des Vieux il n’y a plus que 3 maisons encore debout, dont 2 seulement sont occupées. Dans une des maisons il reste une vieille dame seule, Hortense Tron, et dans l’autre la famille d’Alphonse. Alphonse s’est marié en 1908 à Méolans avec Marie Marguerite Mathilde Tron et ils ont 8 enfants, 5 filles et 3 garçons. Avec sa vieille mère on compte donc 11 personnes pour la maison en 1921.  Mais la vie est trop dure là-haut, Alphonse abandonne et s’installe plus bas, au hameau des Clarionds où il y a un peu plus de facilités pour sa famille. Il aura de longues marches pour aller travailler ses terres, mais ses plus jeunes enfants pourront bénéficier d’une école sur place. La solution n’est pas idéale, en 1929 il a l’occasion de partir dans les Hautes Alpes, alors la famille quitte définitivement le Laverq.

 

 

 

 

 

En 1969, Aimé Roux, le fils d’Eulalie, est venu du Lauzet pour faire découvrir le Laverq à ses jeunes cousins de la branche d’Allos, et ce qu’il reste de la maison de son grand-père Versi.

 

Et l’école pour tous ces enfants nés au plus haut du Laverq ?

Tout le monde est instruit, les enfants puis les petits enfants seront fonctionnaires, prêtres, instituteurs ou institutrices, artisans. Les filles aussi sont instruites. Mais il était bien long le chemin de l’école ! Longtemps il a fallu aller jusqu’à l’Abbaye, puis il a été créé une école temporaire un peu plus haut, au Mas des Gays. Elle fonctionnait d’octobre à mai, mauvaise saison qui rendait le chemin encore plus difficile et dangereux. Le reste du temps les enfants aidaient leurs parents. L’administration n’était pas généreuse, il fallait tout le temps réclamer, tantôt une affectation d’instituteur, tantôt 1 ou 2 mois d’école en  plus : la période scolaire passait de 8 à 5 mois… En 1917, alors que les hommes sont mobilisés, la petite école du Mas des Gays est menacée de fermeture, Alphonse et ses voisins du Chastel et du Pied des Prads envoient une pétition au préfet. Ils obtiennent un sursis, mais de courte durée. Les enfants devront à nouveau descendre jusqu’à l’école de l’Abbaye, la classe unique du Mas des Gays est supprimée, une difficulté de plus, ou de trop ?

Marie-Christine

sources: AD AHP cadastre, recensements et état civil

photos: collections privées Familles Vial, Michel, Roche, Proal et Tron

 

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