Jean Marie MILLES dit Bregan

L’acte d’émancipation des frères MILLES en date du 25 Août 1639 nous donne le dernier ascendant connu de cette branche familiale : feu Jean Marie bregan. Qui était cet homme qui a vécu avant 1639, et qui a peut être transmis le patrimoine partagé entre ses trois petits fils ?

Si Jean-Marie est son prénom usuel, il est bien original pour l’Ubaye à cette époque. Seulement 6 hommes  baptisés Jean-Marie se marient à Barcelonnette entre 1588 et 1800. Ce prénom n’a pas été transmis dans sa descendance , il y aura beaucoup de Jean mais pas de Jean Marie dans les registres anciens retranscrits.

Et « bregan » , Qu’ès aco ?

Nous avons interrogé les spécialistes : ils se reconnaîtront, et nous les remercions pour leur recherche.

Ce terme n’a pas encore été  rencontré ailleurs. Est-ce un nom propre, une profession, un nom de lieu ou simplement un sobriquet ? Il est écrit sans majuscule, mais la majuscule pour les noms propres n’a pas encore été inventée, ce n’est pas un indice. Le notaire qui a rédigé l’acte écrit en bon français et n’emploie des termes locaux qu’exceptionnellement, pour des inventaires par exemple. On sait aussi qu’il peut rédiger les actes en italien quand ils doivent servir en Piémont, et comme tout homme de lettres de son temps il maîtrise le latin. Quatre langues usuelles pour une expression peut-être locale, cela nous donne plusieurs possibilités d’interprétation !

Selon le dictionnaire de Mistral le père de Jehan Anthoine MILLES aurait été un brigand. Brigand connu de tous et désigné à la postérité par son fils et par le notaire ? L’époque est un peu trop sévère pour tolérer quelque soupçon : même plus le droit de porter un couteau à la ceinture, les brigands étaient envoyés à la torture et leurs biens confisqués.

Question de lieu ? Comme PASCALIS le Pisan venu un jour lointain de Pise ? Serait-il venu de La Brigue ou de Briançon par exemple ? Nul ne sait.

Question de métier ? Il aurait pu être broyeur de chanvre. Dans les chenevières du Laverq on cultive et on produit du chanvre. Il se vend en France ou en Savoie. Les tisserands le mélangent à la laine pour les vêtements. Il est indispensable pour la fabrication des cordes, et même des voiles et cordages de marine.

Après avoir roui dans les naîs, les tiges de chanvre subissent plusieurs traitements pour obtenir la filasse.

Au bord de la rivière, au sud des Tarroux, près des ruines d’une scierie, on trouve mentionnée une source des naïsses dans le registre terrier de 1702.

Broyer le chanvre se disait « bregounar », et la broie « bregoun »(1).

Mais il y a des régions où le bregoun est un maçon …

Le vocabulaire des forges et des moulins ne fournit que de vagues approximations.

Question de tempérament ? S’il n’était pas un peu brigand, il pouvait être aussi « querelleur », ou faire la tête, tout aussi peu sympathique.

Question de physique ? Bregas signifie lèvres ou machoires épaisses… au choix…

Donc pas de traduction fidèle  pour ce terme de bregan, ce serait bien un sobriquet. La plupart des sobriquets ne s’expliquent plus. Leur origine reste mystérieuse. A Méolans au 17ème siècle il y avait aussi Sperit et Jacques HERMELIN dits Lune, Louis GISLE dit Mousquet, Jean puis Julien GISLE dit Margot, Claude GISLE dit Castagnon (il aimait la castagne lui aussi ?) …

Parfois les surnoms se transmettent au fil des générations, ou finissent par devenir eux même un lieu-dit là où la famille vivait.

Si vous découvrez un autre Bregan, contactez nous !

(1)cf Jean-Remy Fortoul. Ubaye, la mémoire de mon pays.1995. Coédition Sabença de la Valeia/ les Alpes de Lumière.  Et Dictionnaire de Simon Jude Honnorat (BNF).

Marie Christine